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L’été 1980 en Louisiane… First Progressive, une équipe AAU pas comme les autres

Tout est parti de l’idée fantasque de Robert Thompson, le président de la banque First Progressive. Son fiston Bobby étant un joueur prometteur au lycée, il a décidé de créer une équipe AAU en 1979 dans l’espoir de pousser son Bobby à progresser… et pourquoi pas de se faire remarquer et d’obtenir une bourse dans une université de renom.

Au départ, l’équipe regroupait des gamins de 15-16 ans de la région de la Nouvelle-Orléans. Et puis, petit à petit, l’équipe a carrément élargi ses filets pour y englober tout ce qui se faisait de mieux dans l’Etat de Louisiane. Ce qui fait que pendant les trois mois de l’été 1980, pas moins de trois futurs joueurs majeurs de NBA, plus un autre en NCAA, se sont retrouvés au sein d’une même équipe vraiment pas comme les autres.

Une équipe AAU qui se déplace en jet privé…

Pourquoi me direz-vous ? Et bien, déjà parce que cette équipe de minots se déplaçait en jet privé avec ses sièges en cuir !

Robert Thompson avait un grand réseau d’influence en Louisiane. En l’occurrence, il faisait régulièrement affréter l’avion privé d’un de ses amis, Al Copeland, le grand patron de Popeyes, la franchise de restauration rapide made in Louisiana. Pas regardant sur les dépenses, Robert Thompson disposait également d’un téléphone dans sa Lincoln Continental (une prouesse technologique à l’époque) dans laquelle il ramenait souvent certains joueurs, de basket mais aussi de football.

« Tout ce qu’on peut imaginer d’une équipe AAU… Cette équipe était tout l’inverse », s’amuse l’un de ses membres les plus glorieux, Joe Dumars sur Yahoo.

Et pour cause, quand on fait le bilan de l’effectif, outre Bobby Thompson, on retrouvait donc Joe Dumars, mais aussi Karl Malone, John « Hot Rod » Williams ou encore Bennie « The Outlaw » Anders. Soit deux futurs Hall of Famers, un solide intérieur des années 90 et enfin, une star de la Phi Slamma Jamma aux côtés de Clyde Drexler et Hakeem Olajuwon.

Comment ces joueurs se sont-ils retrouvés là ? Le hasard de la vie, et les joies de vivre aux quatre coins de la Louisiane plus précisément. En effet, cette équipe AAU qui allait effrayer tous ses adversaires – scorant plus particulièrement 224 points en deux matchs… le même jour ! – était tout simplement un collectif monté à la va-vite.

« On n’essayait même pas de jouer l’intidimidation ! » nuance tout de même un de ses joueurs, Guy McInnis.

Karl Malone qui balance des cochons

Le bus qui faisait le ramassage des uns et des autres dans les campagnes retirées et les profondeurs du bayou était déjà en soi une aventure. Que nous raconte Guy McInnis, se souvenant en particulier de sa première rencontre avec Karl Malone, sur la ferme de ses parents. Peu loquace, maman Malone a rappelé à son fils qu’il n’avait pas fini ses corvées…

« Il était si remonté qu’il prenait les cochons et les soulevait avant de les balancer par-dessus l’allée dans l’autre enclos. Je n’avais jamais vu un truc pareil. »

Joe Dumars était aussi un « farm boy ». John Williams a lui grandi dans un mobile home sur les bords de la route entre La Nouvelle-Orléans et Bâton Rouge. Et puis à l’autre bout du prisme social, Booby Thompson et d’autres étaient des gamins blancs aisés qui vivaient dans un autre monde.

« Moi, je grandissais avec une cuillère en argent dans la bouche, avec une Trans Am devant le garage avant même d’avoir le permis, et j’étais à côté de certains gars sur le banc qui ont grandi sans eau courante. C’était dur d’imaginer ce qu’était la vie pour eux. »

Et pourtant, pas de problème d’ego dans cette équipe. Il y a évidemment eu quelques tensions, comme ce moment où Karl Malone a dû intervenir entre deux coéquipiers : « Pas de baston aujourd’hui », dira-t-il pour calmer les débats. Insouciants et trop heureux de pouvoir quitter la maison pour voyager et jouer au basket, tous ces jeunes ont rapidement tissé des liens.

« Il n’y avait pas d’egos », se souvient Joe Dumars. « On ne savait pas ce que l’avenir nous réservait. On avait la chance de voyager et c’était déjà énorme. On était des gars de Louisiane et c’était la chance de notre vie. On était content de jouer tous ensemble. C’était une opportunité incroyable. »

Joe Dumars profilé par un policier bien zélé

Et un moment fort pour toutes les parties impliquées, à tous les niveaux. Comme cet autre moment figé, (« qui met des frissons » dira Guy McInnis) quand Joe Dumars se fait interroger sur le bord de la route par un policier zélé… alors que les quatre autres joueurs, tous blancs, sont bouche bée à l’intérieur de la voiture.

« Le gars avait l’air prêt à réagir au moindre mouvement », décrit Easy Joe. « Pour ces gars, c’était certainement assez gênant. J’avais déjà vécu ça mais c’est toujours effrayant. Il est venu directement du côté passager, vers le seul noir américain de la voiture… Le genre de choses qu’on n’oublie pas. »

Unis, les joueurs de l’équipe l’étaient donc par cette volonté commune de jouer au basket, mais aussi par une technique très simple : la méthode à l’ancienne du coach en place, Clyde ‘Buster’ Carlisle. Avec son accent des campagnes, et ses dictons du pays (« L’eau fait rouiller les tuyaux, ce n’est pas bon pour vous »), le coach était intransigeant, imposant des sprints. Et encore plus de courses.

Beaucoup de foncier. Et ça, forcément, ça forge un collectif. Fan de Bobby Knight, Clyde Carlisle avait une métaphore plutôt « savoureuse » pour la bonne position défensive.

« Il nous disait : Ecoutez les gars, vous avez déjà été dans les bois pour poser une pêche, n’est-ce pas ? Si vous ne pliez pas suffisamment les genoux, ça va vous couler sur la jambe, mais si vous prenez la bonne position défensive, alors il n’y aura pas de lézard. »

Intransigeant sur les entraînements, qui avaient lieu soit au lycée Ganus à La Nouvelle-Orléans ou sur le campus de Louisiana Tech à Ruston, coach Carlisle a même dégagé un futur pivot NBA, et futur n°3 de la draft en 1985, Benoit Benjamin de la Carroll High School de Monroe. Très coté chez les scouts, il n’était par contre pas très penché sur l’effort défensif.

« Mon père ne pouvait pas accepter ça », explique John Carlisle, qui était devenu un valeureux sparring partner. « Si tu ne courais pas, tu te faisais dégager. »

« Tout était nouveau pour nous »

Pendant deux étés, entre 1979 et 1980, cette équipe a donc désossé la compétition à coup de « zone press » et de déboulés fantastiques de Karl Malone servi par Joe Dumars. Ou Benny Anders (un sacré athlète) et John Williams qui enchaînaient les arabesques aériennes, détruisant l’opposition en puissance.

Le trophée de l’état leur échappera pour une raison uniquement… Le temps de jeu était équitablement partagé, une lubie (old school) de Buster Carlisle qui se privait donc de ses meilleurs éléments pour faire jouer tout le monde.

« J’ai promis que je ferai jouer tous les gamins. Et j’ai tenu promesse ! »

Réunis par le hasard le plus complet, ces gamins de milieux sociaux et économiques bien différents ont vu leur existence basculer. Pour Joe Dumars, Karl Malone, Benny Anders et John Williams, plus rien ne serait comme avant…

« C’était un nouveau monde. Tout ce qu’on faisait était nouveau pour nous. Mais on s’est rendu compte qu’on pouvait jouer [contre les meilleurs du pays]. On s’est rendu compte qu’on avait une chance de réussir. Cet été nous a ouvert les yeux et nous a mis dans la tête qu’on pouvait y arriver. »

Et pour les autres, ces souvenirs seront gravés à jamais dans leur mémoire.

« Personne ne me croirait si je disais que j’ai joués avec ces gars-là. »

Basket USA

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