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Roman de l’été : Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (4)

jackson-livreC’est l’été et pour la plage, vous allez avoir besoin de lecture. On a pensé à vous : en juillet et août, Basket USA vous proposera la lecture de l’autobiographie de Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA ».

On le dit et on le répète, c’est un « must read ». Parce que le « Maître Zen » évoque son parcours comme joueur, les joueurs et les légendes qu’il a coachés (Chicago Bulls de Michael Jordan, Los Angeles Lakers de Shaquille O’Neal et Kobe Bryant) mais aussi ses techniques de management, qui peuvent inspirer beaucoup de chefs d’entreprise.

Comment gérer les egos ? Comment faire cohabiter des personnalités très différentes ? Comment casser la routine et maintenir le degré de motivation des troupes ? Comment prévenir ou résoudre les conflits ? Régalez-vous avec ce document exceptionnel qui aborde aussi la philosophie et la méditation orientale.

Chapitre 4 : La quête

« Le privilège d’une vie est d’être qui vous êtes. »
Joseph Campbell

Durant l’été 1972, mon frère Joe et moi-même avons fait un voyage à moto dans l’Ouest américain qui a changé ma vision de la vie. J’avais repris le basket deux ans plus tôt mais je me sentais encore hésitant sur le parquet et je n’avais pas retrouvé mon rythme. Et mon mariage avec Maxine, mon amour de lycée, était en train d’échouer. Les six mois de rééducation qui avaient suivi mon opération n’avaient pas arrangé les choses et nous nous étions séparés de manière informelle plus tôt dans l’année. Joe, qui était professeur de psychologie à l’université d’Etat de New York à Buffalo, s’était également séparé de sa femme.

Le moment semblait opportun pour que nous prenions la route. J’ai acheté une BMW 750 d’occasion avant de rejoindre Joe à Great Falls, dans le Montana, non loin du presbytère de mes parents. Nous sommes partis pour un voyage d’environ un mois à travers les montagnes du Great Divide jusqu’en Colombie britannique. Joe et moi-même y sommes allés lentement, nous roulions environ cinq à six heures le matin et établissions notre campement l’après-midi. Le soir, nous nous asseyions autour d’un feu de camp avec quelques bières et nous discutions.

Joe ne mâchait pas ses mots : « Quand je te regarde jouer, j’ai l’impression que tu es effrayé. Tu as l’air d’avoir peur de te blesser à nouveau et tu ne rentres pas dans le match comme tu savais le faire. Penses-tu être complètement rétabli ?
– Oui mais il y a une différence, je ne peux plus jouer au même niveau. J’ai toujours un peu de rapidité mais je n’ai plus autant de puissance dans mes jambes.
– Eh bien, tu vas devoir retrouver cette puissance. »

En ce qui concerne le mariage, je lui ai confié que Maxine et moi-même étions devenus peu à peu des étrangers l’un pour l’autre. Elle ne manifestait aucun intérêt pour le monde du basket dans lequel je vivais et je n’étais pas prêt à me poser et à devenir un père de famille en banlieue. De plus, elle souhaitait évoluer et poursuivre une carrière d’avocate. Joe était fatigué. Il m’a dit que ces deux dernières années, je n’étais pas impliqué dans mon mariage, dans ma carrière ou toute autre chose. « Parce que tu as eu trop peur de vraiment faire un effort honnête, ajouta-t-il, et tu as perdu la seule relation amoureuse de ta vie – le basket. Tu dois devenir plus agressif dans ta vie. »

C’était le message que j’avais besoin d’entendre. Quand je suis rentré à New York, j’ai décidé de recentrer mon énergie sur ma carrière et j’ai joué le meilleur basket de ma vie lors des trois saisons suivantes. Maxine et moi avons officialisé la rupture et demandé le divorce. J’ai emménagé dans un loft au-dessus d’un atelier de réparation automobile à Chelsea, dans le district de Manhattan, tandis que Maxine s’est installée dans un appartement du quartier Upper West Side avec notre fille de 4 ans, Elizabeth.

Ce fut pour moi un moment de révélation sauvage. Je vivais la vie d’un homme tout droit revenu des années 60 avec des cheveux longs, un jeans et une fascination pour l’exploration de nouvelles manières de voir le monde. J’adorais la liberté et l’idéalisme, sans parler de grande musique, de la vague contre-culturelle qui se répandait dans New York et le reste du pays. J’ai acheté une bicyclette et pédalé dans toute la ville afin de renouer avec le vrai New York. Mais peu importe le temps que je passais à Central Park car pour moi, vivre en ville était comme vivre enfermé. J’avais besoin d’un endroit où je pouvais sentir un lien fort avec la terre.

J’ai aussi eu un désir de renouer avec mon cœur spirituel, que j’avais ignoré. A l’université, j’ai étudié d’autres religions et j’étais intrigué par le vaste éventail de traditions spirituelles dans le monde. Mais ce n’était principalement qu’un exercice intellectuel et non un travail spirituellement significatif. Désormais, je me sentais obligé d’aller plus loin.

Mon voyage de découverte du moi a été rempli d’incertitudes mais vivant grâce à l’engagement. Même si je savais que l’approche régentée de mes parents vis-à-vis de la spiritualité ne me convenait pas, j’étais toujours intrigué par l’idée de puiser dans la puissance de l’esprit humain.

Quand j’étais enfant, j’avais de curieux problèmes de santé. A l’âge de 2 ans, j’ai eu un kyste à la gorge qui a laissé perplexes les médecins et beaucoup préoccupé mes parents. Ils m’ont soigné avec de la pénicilline et tout est finalement parti mais j’ai grandi avec le sentiment que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Puis, quand je suis entré en first grade (cours primaire), on m’a diagnostiqué un souffle au cœur et conseillé d’éviter les activités physiques pendant une année, ce qui m’a torturé car j’étais un enfant très actif.

Une nuit, quand j’avais environ 11 ou 12 ans, je suis tombé malade avec beaucoup de fièvre. J’avais le sommeil agité quand tout à coup, j’ai entendu un grondement, comme le bruit d’un train sur la voie ferrée, de plus en plus fort, jusqu’à ce que j’aie l’impression que le train allait surgir dans ma chambre. La sensation était complètement assourdissante mais pour une raison ou pour une autre, je n’étais pas effrayé. Tandis que le bruit continuait à augmenter, je ressentais une puissante vague d’énergie irradier mon corps, qui était plus fort et en forme que jamais auparavant.

Je ne sais pas d’où ce pouvoir est venu mais je me suis réveillé le lendemain en me sentant fort, confiant et débordant d’énergie. La fièvre était passée et après cela, ma santé s’est considérablement améliorée. J’ai rarement eu des rhumes ou des grippes.

Toutefois, l’impact principal de cette expérience spontanée était d’ordre psychologique, pas physique. Après cette nuit-là, j’ai eu une plus grande confiance en moi et la foi tranquille que tout allait marcher pour le mieux. Je me sentais aussi capable de puiser en moi une nouvelle source d’énergie, comme jamais auparavant. A partir de là, j’étais assez confiant pour mettre tout mon corps, toute mon âme et tout mon esprit dans ce que j’aimais – et cela a été plus que tout le secret de mon succès dans le sport.
Je me suis toujours demandé d’où venait ce pouvoir et si j’allais pouvoir apprendre à puiser dedans, pas seulement sur un terrain de basket mais aussi dans les autres moments de la vie.

C’est l’une des choses que je recherchais dans ce voyage de la découverte de soi. Je ne savais pas où j’allais ou dans quels pièges j’allais pouvoir tomber le long du chemin. Mais j’étais encouragé par les paroles de la chanson Ripple du groupe Grateful Dead.

Il y a une route, pas une simple autoroute
Entre l’aube et l’obscurité de la nuit
Et si vous la prenez, personne ne suivra
Ce chemin est celui de vos démarches solitaires.

Pour être honnête, j’avais déjà connu ce genre d’aventure. Parce que mes parents étaient tous deux pasteurs, mes frères et sœurs et moi devions être doublement parfaits. Nous allions à l’église deux fois le dimanche, le matin pour entendre le sermon de mon père et le soir pour écouter celui de ma mère. Nous devions aussi participer à un office en milieu de semaine et être des enfants modèles à l’école du dimanche, qui était animée par Maman. Chaque matin, nous faisions nos prières avant le petit déjeuner et le soir, nous apprenions souvent par cœur des passages de la Bible.

Maman et Papa se sont rencontrés au lycée biblique de Winnipeg, alors qu’ils préparaient un examen pour devenir pasteurs. Ils avaient emprunté des chemins différents pour en arriver là. Mon père Charles était un grand et bel homme aux cheveux bouclés, les yeux foncés, avec une attitude discrète et calme. Nos aïeux conservateurs avaient choisi le mauvais côté dans la Révolution américaine qui a donné naissance aux Etats-Unis.

Puis, lorsque la guerre s’est déplacée dans l’Ontario, ils ont reçu une concession de terre de la part du roi George III, laquelle est devenue la ferme familiale des Jackson. Mon père a toujours pensé qu’il irait à l’université mais après avoir échoué aux examens d’entrée – en grande partie à cause de problèmes de santé -, il quitta l’école à l’âge de 14 ans et travailla à la ferme.

En chemin, il a également été bûcheron un certain temps à Hudson Bay. Puis un beau jour, pendant la traite des vaches dans l’étable, il a soudainement eu envie de devenir pasteur.

Ma mère, Elizabeth, était une belle femme charismatique, aux yeux bleu cristal, blonde et au fort caractère allemand. Elle avait grandi à Wolf Point, dans le Montana, où mon grand-père Funk s’était réfugié après la Première Guerre mondiale pour fuir le fort sentiment anti-allemand présent au Canada. Tous ses frères et sœurs étaient majors de promotion au lycée mais Maman l’a manqué de deux dixièmes de point parce qu’elle avait dû louper six semaines d’école pour travailler aux récoltes d’automne. Plus tard, elle a enseigné dans une petite école à classe unique où elle a assisté à une réunion de réveil pentecôtiste qui l’a emportée. Arrivée à 30 ans, Maman était devenue pasteur itinérant dans les petites villes de l’est du Montana.

Mon père était veuf quand ils ont commencé à se fréquenter. Sa première femme était décédée quelques années plus tôt alors qu’elle était enceinte de leur deuxième enfant (leur premier est ma demi-sœur, Joan). Mes parents se sont surtout rapprochés grâce à un lien plus spirituel que romantique. Ils étaient tous deux fascinés par le mouvement pentecôtiste, qui s’était rapidement répandu dans les zones rurales durant les années 20 et 30, et son idée fondamentale selon laquelle on pouvait trouver le salut en se liant directement au Saint-Esprit. Ils étaient également inspirés par la prophétie de la Bible à propos de la deuxième naissance du Christ et échangeaient sur l’importance de préparer spirituellement sa Venue, car il pouvait arriver à tout moment. Leur plus grande crainte était de ne pas être en règle avec Dieu. « Si tu mourais aujourd’hui, demandait sans cesse ma mère, irais-tu au paradis ? » C’était la grande question dans notre maison.

Mes parents respectaient également fortement les enseignements de saint Paul sur la séparation vis-à-vis de la société matérialiste en étant dans ce monde et non pas de ce monde. Nous n’étions pas autorisés à regarder la télévision ou des films ni à lire des bandes dessinées ou à aller danser – ni même fréquenter nos amis d’école à la cantine locale. Joan n’avait pas le droit de porter des shorts ou des maillots de bain et mes frères et moi-même portions tout le temps des chemises blanches, sauf quand nous faisions du sport. Quand j’ai récemment demandé à Joe ce qui l’effrayait le plus lorsqu’il était enfant, il a répondu que c’était qu’on se moque de lui à l’école quand il faisait des erreurs.

Les autres enfants se moquaient sans cesse de nous, nous appelaient « les évangélistes » et s’amusaient de cette manière de vivre qui leur semblait étrange et archaïque. Quand j’avais environ 11 ans, ma mère m’a dit qu’il était temps pour moi de vivre avec « l’Esprit Saint ». Mes frères et sœurs avaient déjà été baptisés dans le Saint-Esprit et avaient déjà vécu la transe. Cette forme de prière réalisée avec des lèvres balbutiantes et des sons incompréhensibles était un aspect important de la foi pentecôtiste. Depuis des années, j’avais regardé d’autres personnes procéder à ce rituel et je n’avais jamais souhaité le vivre. Mais mes parents y tenaient et ils ont prié avec moi chaque dimanche soir après l’office dans l’espoir que je trouve ce don pour la transe.

Après quelques années de prières et de supplications dévouées, j’ai décidé que ce ne serait pas mon truc. J’ai désespérément commencé à chercher des activités scolaires qui me détourneraient de ma vie quasi permanente à l’église. J’ai joué au théâtre, chanté dans une chorale, travaillé sur un bateau-école et j’ai été animateur sportif dans l’émission de radio de l’école. Quand j’étais dans ma dernière année de lycée, mon frère Joe m’a amené voir furtivement mon premier film, Les Sept Femmes de Barberousse, profitant de l’absence de mes parents partis à une conférence.

Mais mon sauveur, c’était le basket. Dans ma troisième année de lycée, j’ai grandi de dix centimètres pour atteindre 1,98 m et 72 kg. J’ai alors vraiment commencé à progresser en tant que joueur. Ma taille et mes longs bras m’ont conféré un énorme avantage et je tournais à 21,3 points par match, ce qui a aidé mon équipe, Williston High, à atteindre la finale du championnat d’Etat du Dakota du Nord. Mais nous avons perdu les deux matches contre Rugby, notre adversaire en saison régulière. J’ai eu des problèmes de fautes dans les deux matches, donc le coach Bob Peterson a joué en zone lors de la dernière rencontre. Nous avons contenu mon rival de lycée, Paul Presthus, mais Rugby a eu suffisamment d’adresse pour s’imposer de 12 points.

Ce que j’aimais dans le basket, c’était la manière dont tout était interconnecté. Ce sport était une danse complexe de déplacements et de contre-attaques qui le rendaient beaucoup plus vivant que les autres sports que je pratiquais. En outre, le basket exigeait un niveau élevé de synergie. Pour réussir, il fallait pouvoir compter sur tout le monde sur le parquet, pas seulement sur soi-même. Cela donnait au sport une certaine beauté transcendante que je trouvais profondément gratifiante. Le basket m’a aussi évité d’aller à la messe la plupart des week-ends. Notre plus proche adversaire était à deux cents kilomètres et nous effectuions de longs déplacements la nuit pour rejoindre des endroits éloignés dans l’Etat. Cela signifiait que je manquais généralement les messes du vendredi soir et du dimanche matin.
Lors de ma dernière année, je suis devenu une petite célébrité dans l’Etat. Je marquais 23 points en moyenne. Nous nous sommes à nouveau qualifiés pour la finale d’Etat, même si nous n’avions pas un bilan aussi bon que l’année précédente. Le dernier match contre Grand Forks Red River était télévisé. Au milieu de la première mi-temps, j’ai intercepté le ballon et je suis parti au dunk. Cela a fait de moi une sorte de héros populaire dans l’Etat car la plupart des téléspectateurs n’avaient jamais vu de dunk auparavant. J’ai fini avec 35 points et j’ai été élu meilleur joueur, tandis que nous remportions le titre.

Après le match, j’ai croisé Bill Fitch, qui venait tout juste d’être recruté comme coach de l’université du Dakota du Nord. Il m’a promis de me garder une place dans son équipe si j’étais intéressé. Quelques semaines plus tard, il s’est pointé à Williston pour prononcer le discours d’ouverture de la cérémonie annuelle de remise des prix à l’équipe. A la fin de son discours, il m’a appelé avec l’un de mes coéquipiers sur l’estrade et nous a menottés ensemble. « Dès que j’aurai fini ce discours, plaisanta-t-il, je ramènerai ces garçons avec moi à l’université du Dakota du Nord. »

A la fin, ma mère, qui n’avait jamais assisté à l’un de mes matches de lycée, m’a demandé comment progressait ma vie spirituelle et j’ai dû lui avouer que je me battais avec ma foi. Ce fut un instant déchirant pour elle car elle avait déjà vu ses fils aînés s’éloigner de l’Eglise. Quand j’étais bébé, mes parents avaient fait la promesse à leur congrégation que je serais élevé comme un serviteur du Seigneur, comme Charles et Joe avant moi. Cela a dû être douloureux pour eux qu’aucun d’entre nous n’ait répondu à leurs attentes. C’est pourquoi, d’après moi, ils n’ont jamais abandonné l’espoir qu’un jour, l’un d’entre nous revienne à notre véritable vocation, le pastorat.

Quand j’étais à l’université, j’ai eu un autre éveil spirituel rude. J’avais été élevé selon la lecture littérale de la Bible. Donc, quand j’ai étudié la théorie de l’évolution de Darwin en cours de biologie, il était déconcertant d’apprendre que selon les meilleures estimations, les humains marchaient sur la planète depuis plus de quatre millions d’années. Cette révélation m’a souvent amené à me questionner sur ce que l’on m’avait appris plus jeune et m’a éclairé pour résoudre – au moins dans mon propre esprit – quelques-unes des contradictions entre le dogme religieux et la recherche scientifique.

J’ai décidé de changer de spécialité en abandonnant la science politique pour une combinaison de psychologie, de religion et de philosophie. Cela m’a donné l’occasion d’explorer un large éventail d’approches spirituelles de l’Orient et de l’Occident. J’ai été particulièrement frappé par Nikos Kazantzakis et sa vision humaniste de Jésus dans La Dernière Tentation du Christ, qui coïncidait en grande partie avec ce que j’avais lu sur Bouddha. J’ai également été ému par Les formes multiples de l’expérience religieuse écrit par William James, qui m’a non seulement aidé à mettre mon expérience de l’enfance en perspective mais m’a aussi montré comment ma quête d’une identité spirituelle nouvelle et plus authentique s’adaptait au vaste paysage culturel américain.

J’ai mis cette quête en veilleuse pendant mes premières années en NBA. Mais quand j’ai déménagé à Chelsea, je me suis lié d’amitié avec un étudiant diplômé en psychologie et fervent musulman prénommé Hakim, qui a ravivé mon intérêt pour la spiritualité et m’a inspiré pour explorer la méditation.
Un été, dans le Montana, j’ai demandé à un voisin, Ron Fetveit, un chrétien pratiquant, de m’aider à réparer mon toit percé. Pendant que nous réparions les bardeaux, nous avons eu une longue discussion sur les questions spirituelles et je lui ai avoué que j’avais connu des moments difficiles concernant la foi durant mon enfance. « Je sais d’où tu viens, m’a-t-il dit, mais tu sais, petit enfant de Dieu, ça n’existe pas. Tu n’es pas tes parents. Tu dois développer ta propre relation personnelle avec Dieu. »
A ce moment-là, j’ai commencé à chercher tranquillement des pratiques spirituelles qui pourraient me convenir. L’une de mes premières découvertes a été Joel S. Goldsmith, un auteur novateur, mystique et ancien guérisseur de la Science chrétienne qui avait fondé son propre mouvement, nommé « La Voie infinie ». Ce qui m’attirait dans son travail, c’était son rejet systématique de l’organisation, du rituel et du dogme. Selon lui, la spiritualité était un cheminement personnel, point, et il concevait ses exposés de sorte qu’ils puissent être interprétés à partir de beaucoup de perspectives. J’ai été particulièrement intrigué par la considération de Goldsmith à l’égard de la méditation, qu’il voyait comme un moyen de découvrir le silence intérieur et de se plonger dans la sagesse intuitive. J’ai toujours vu la méditation comme une technique thérapeutique pour apaiser l’esprit et se sentir plus équilibré. Mais Goldsmith m’a montré qu’elle pouvait aussi être un substitut à la prière, une porte vers le divin.

Au fil du temps, je suis passé à d’autres pratiques mais « La Voie infinie » a été révélatrice pour moi. C’était un tremplin depuis la spiritualité rigide dans laquelle j’avais été élevé vers une vision plus large de la pratique spirituelle. Quand j’étais jeune, ma mère avait pour habitude de me bourrer le crâne avec les écritures bibliques chaque jour car elle croyait qu’un esprit inactif était le terrain de jeu du Diable. Mais je pensais plutôt que tout le contraire était vrai. Ça ne m’intéressait pas de me remplir la tête avec davantage de bruit. Je voulais reposer mon esprit et me permettre d’être, tout simplement.
J’ai rencontré ma future femme, June, à cette époque, lors de mon concours de belote régulier, à New York. C’était une femme chaleureuse et enjouée, diplômée en travail social à l’université du Connecticut. Notre idylle a fleuri pendant un voyage estival à moto dans le nord-ouest du pays et nous nous sommes mariés en 1974. Notre premier enfant, Chelsea, est né l’année suivante. Ont suivi notre fille Brooke et nos jumeaux Charley et Ben.

Un été, peu de temps après la naissance de Chelsea, June et moi avons rendu visite à mon frère Joe et sa nouvelle compagne – la sœur de June, Deborah – qui vivaient dans une communauté à Taos, au Nouveau-Mexique. Joe était un pratiquant soufiste depuis des années et venait de quitter son poste d’enseignant à Buffalo pour vivre dans la Fondation Lama, une communauté consacrée à l’apprentissage de pratiques spirituelles d’un large éventail de traditions.

Le soufisme est une forme de mysticisme islamique qui s’attache principalement à déplacer la conscience du personnel au divin. Un soufiste croit que vous ne pouvez pas vous libérer de l’identification personnelle, soi, sauf si vous vous donnez à la puissance du sacré. Cela implique de se donner à ce que le maître soufi Pir Vilayat Inayat Khan appelle « le charme magique de l’amour inconditionnel – cette étreinte qui comble la séparation entre l’amoureux et l’aimé ».

Les soufistes de la Fondation Lama passaient une grande partie de la journée à essayer de se connecter avec le divin par la méditation, les dévotions et une forme de chant et d’invocations appelés « zikers ». Joe était attiré par la « physicalité » de la pratique, avec ses mouvements de danse répétitifs visant à déplacer la conscience. Mais après avoir pris part aux rituels pendant plusieurs semaines, j’ai décidé que le soufisme n’était pas le bon cheminement pour moi. Je cherchais une pratique qui puisse m’aider à contrôler mon esprit hyper actif.

Quelques années plus tard, j’ai embauché Joe pour m’aider à construire une nouvelle maison sur le lac Flathead, dans le Montana. Après avoir fini la charpente, nous avons fait appel à un constructeur pour nous aider à terminer le travail. Il avait étudié le Zen au monastère Mont Shasta, dans le Nord de la Californie, et avait une attitude calme, concentrée, avec une approche éminemment sensée du travail.
J’ai été curieux d’en savoir plus à propos du Zen depuis que j’ai lu un classique de Shunryu Suzuki, Esprit Zen, Esprit Neuf. Suzuki, un enseignant japonais qui a joué un rôle majeur dans l’importation du bouddhisme Zen en Occident, parlait de l’importance d’aborder chaque moment avec un esprit curieux et sans jugement. « Si votre esprit est libre, écrit-il, il est toujours prêt à tout, il est ouvert à tout. Il y a beaucoup de possibilités dans l’esprit neuf du débutant et peu dans l’esprit de l’expert. »
Joe et moi avons rejoint notre groupe d’amis cet été-là et avons commencé à effectuer la posture de zazen – une forme de méditation – une fois par semaine, en groupe. Ce qui me plaisait dans la pratique Zen était sa simplicité inhérente. Il n’y avait pas besoin de chanter des mantras ou de visualiser des images complexes, comme dans d’autres pratiques que j’ai essayées. Le Zen est pragmatique, terre à terre et ouvert à l’exploration. Vous n’avez pas à adhérer à un ensemble de principes ou à accepter la foi. En fait, le Zen encourage les pratiquants à s’interroger sur tout.

Le professeur Zen Steve Hagen écrit : « Le bouddhisme, c’est voir. C’est connaître plutôt que croire, espérer ou souhaiter. C’est aussi ne pas avoir peur d’examiner tout et n’importe quoi, y compris vos propres intérêts personnels. »

Les instructions de Shunryu Suzuki sur la façon de méditer sont simples :
1. Asseyez-vous avec le dos droit, les épaules relâchées et votre menton rentré « comme si vous souteniez le ciel avec votre tête ».
2. Suivez votre souffle avec votre esprit pendant son mouvement ressemblant à celui d’une porte battante.
3. N’essayez pas d’arrêter de penser. Si une pensée surgit, laissez-la venir puis repartir et retournez contempler votre souffle. L’idée est de ne pas essayer de contrôler votre esprit mais de laisser les pensées surgir et retomber naturellement encore et encore. Après un peu de pratique, les pensées commenceront à flotter comme si elles traversaient les nuages et leur pouvoir de domination de la conscience diminuera.

Selon Suzuki, la méditation vous aide à faire les choses « avec un esprit relativement simple et clair », sans « aucune idée ou ombre ». La plupart des gens ont deux ou trois idées leur parcourant la tête quand ils font quelque chose, ce qui laisse des « traces » de pensées qui provoquent une confusion et dont il est difficile de s’affranchir. « Afin de ne pas laisser de traces quand vous faites quelque chose, écrit-il, vous devez le faire avec tout votre corps et votre esprit, vous devez être concentré sur ce que vous faites. Vous devez le faire entièrement, comme un bon feu de joie. »

Il m’a fallu des années de pratique pour apaiser mon esprit occupé mais dans le processus, j’ai découvert que plus je prenais conscience de ce qui se passait à l’intérieur de moi, plus je devenais connecté au monde extérieur. Je suis devenu plus patient avec les autres et plus calme sous la pression – des qualités qui m’ont énormément aidé quand je suis devenu coach.

Trois aspects du Zen ont joué un rôle crucial pour moi en tant que leader :

RENONCER AU CONTRÔLE

Suzuki écrit : « Si vous voulez obtenir un calme parfait dans votre méditation, vous ne devez pas être inquiet au sujet des diverses images que vous trouvez dans votre esprit. Laissez-les venir et repartir. Elles seront alors sous contrôle. »

Le meilleur moyen de contrôler les gens, ajoute-t-il, est de leur donner beaucoup de place, de les encourager à être espiègles puis de les observer. « Les ignorer n’est pas bon, c’est le pire des comportements. Ensuite, le pire est d’essayer de les contrôler. Le mieux est de les regarder, juste pour les regarder, sans essayer de les contrôler. »

Ce conseil s’est révélé pratique plus tard quand je gérais Dennis Rodman.

FAIRE CONFIANCE À L’INSTANT

La plupart d’entre nous passent la majeure partie de leur temps pris dans les pensées du passé ou de l’avenir – ce qui peut s’avérer dangereux si votre travail est de gagner des matches de basket. Le basket se déroule à un rythme tel qu’il est facile de faire des erreurs et d’être obsédé par ce qui vient juste de se passer ou ce qui pourrait se passer ensuite, ce qui vous distrait de la seule chose qui compte vraiment : le moment présent.

Pratiquer le Zen m’a non seulement aidé à devenir plus profondément conscient de ce qui se passait dans le moment présent mais a aussi ralenti mon expérience du temps car cela a diminué ma tendance à me projeter dans l’avenir ou à me perdre dans le passé. Le professeur de Zen vietnamien Thich Nhat Hanh parle de « demeurer de façon heureuse dans le moment présent », car c’est là que se trouve tout ce dont vous avez besoin. « La vie se trouve seulement dans le moment présent, écrit-il. Le passé est derrière, le futur n’est pas encore là et si nous ne revenons pas à nous-mêmes dans le moment présent, nous ne pouvons pas être en contact avec la vie. »

VIVRE AVEC LA COMPASSION

Un aspect du bouddhisme que j’ai trouvé particulièrement convaincant a été les enseignements sur la compassion. Bouddha était reconnu comme le « compatissant » et selon les spécialistes de religion, ses enseignements moraux ressemblent beaucoup à ceux de Jésus, qui avait dit à ses disciples lors de la Cène : « C’est ici mon commandement. Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Dans le même esprit, Bouddha dit : « Comme une mère protège son unique enfant, même au péril de sa propre vie, puissions-nous cultiver des pensées illimitées d’amour bienveillant envers tous les êtres. »

Du point de vue bouddhiste, la meilleure façon de cultiver la compassion est d’être complètement présent dans l’instant. « Méditer, dit Bouddha, c’est entendre avec un cœur réceptif. » Dans son livre La Voie commence là où vous êtes, le professeur bouddhiste Pema Chodron soutient que la méditation déplace les frontières traditionnelles entre les autres et soi. « Ce que vous faites pour vous-même – tout geste de bonté, tout geste de douceur, tout geste d’honnêteté et une vision claire de vous-même – affectera la manière dont vous vivez le monde, écrit-elle. Ce que vous faites pour vous-même, vous le faites pour les autres et ce que vous faites pour les autres, vous le faites pour vous. »

Cette idée deviendra plus tard un élément clé de mon travail en tant que coach. En attendant, j’avais toujours du travail à faire comme joueur.

Dans la saison 1971-72, Red Holzman, qui était alors general manager et coach, a effectué un certain nombre de transferts qui ont transformé les Knicks. Il a d’abord échangé Cazzie Russel contre Jerry Lucas des San Francisco Warriors, un pivot solide très actif qui avait un bon tir à 7 mètres mais qui pouvait aussi gérer les pivots puissants comme Dave Cowens et Kareem Abdul-Jabbar. Puis Red a expédié Mike Riordan et Dave Stallworth à Baltimore contre Earl « la Perle » Monroe, probablement le manieur de ballon le plus créatif de l’époque. Red a également drafté Dean « le Rêve » Meminger, un arrière aux grandes jambes rapide venant de Marquette, qui était une terreur en défense.

Avec cette nouvelle injection de talent, nous nous sommes transformés en une équipe plus polyvalente que jamais. Nous avions plus de taille, de profondeur de banc et un éventail d’options de scoring plus large que l’équipe de 1969-70. Ainsi que le mélange parfait de compétences individuelles et d’esprit d’équipe. Certains d’entre nous s’inquiétaient que Monroe tente de voler la vedette à Frazier à l’arrière mais Earl s’est adapté au jeu de Walt et a ajouté une nouvelle dimension éblouissante à l’attaque. Avec Lucas, un magicien de la passe, au poste de pivot, nous avons transformé une équipe puissante en une équipe aux multiples facettes, s’appuyant sur les tirs à 5 mètres comme sur les doubles pas. Red a fait de moi le premier remplaçant de Dave DeBusschere et de Bill Bradley – et j’étais motivé par mon nouveau rôle. C’était du pur basket et je me suis complètement retrouvé dedans.

La seule équipe qui nous inquiétait en 1972-73 était Boston, qui avait dominé la Conférence Est avec un bilan de 68 victoires pour 14 défaites. Dans les quatre années qui ont suivi le départ de Bill Russell, le general manager Red Auerbach avait reconstruit l’équipe selon la tradition classique des Celtics, autour d’un pivot fort et actif (Dave Cowens), un shooteur extérieur rusé (Jo Jo White) et l’un des joueurs les plus complets (John Havlicek).

Holzman n’était pas un grand fan d’Auerbach car il utilisait toutes les astuces possibles pour donner l’avantage à son équipe. Auerbach était un maître dans l’art de gagner. Un de ses stratagèmes de marque était d’allumer un cigare quand il pensait que son équipe avait gagné le match, ce qui rendait ses adversaires furieux, surtout quand le score était encore serré.

Auerbach s’est surpassé dans les playoffs de 1973 mais cela s’est finalement retourné contre lui. Nous avons rencontré les Celtics en finale de Conférence Est après avoir éliminé Baltimore quatre manches à une au premier tour. Boston avait l’avantage du terrain dans la série et Auerbach en a pleinement profité. Chaque fois que nous jouions à Boston, Auerbach nous rendait la vie misérable : il nous mettait dans des vestiaires où les clés ne fonctionnaient pas, où il n’y avait pas de serviettes, et le chauffage était mis à trente-huit degrés, sans que l’on puisse ouvrir les fenêtres. Pour cette série, il nous a mis dans un vestiaire différent à chaque match, et le dernier – pour le Match 7 – était un étroit placard de concierge sans casier et avec un plafond si bas que la plupart d’entre nous devaient se baisser pour s’habiller. Au lieu de nous démoraliser, comme Auerbach l’attendait sans doute, la tactique du vestiaire nous a mis en colère et galvanisés davantage.

Personne n’avait jamais battu les Celtics chez eux dans un Match 7 auparavant mais nous restions confiants car nous avions dominé Boston plus tôt dans la série grâce à notre défense « press tout terrain ». La nuit avant le grand match, nous avons visionné le film du Match 6 et remarqué que Jo Jo White nous tuait en sortant d’écrans assez hauts. Meminger, qui défendait sur Jo Jo, a commencé à être sur la défensive et Holzman a rétorqué : « Je m’en fous complètement de l’écran. Trouve un moyen de passer à travers l’écran et d’arrêter ce joueur-là. Ne râle pas à propos de l’écran, fais juste ton travail. »
Le jour suivant, Dean était un homme possédé. Il a étouffé Jo Jo, court-circuitant efficacement le plan de jeu offensif des Celtics. Puis Dean s’est enflammé de l’autre côté du parquet, en venant à bout de la press des Celtics et en initiant un 37-22 décisif en seconde mi-temps. Boston ne s’en est jamais remis. Score final : Knicks 94, Celtics 78.

Je n’ai jamais vu Red Holzman plus heureux que ce soir-là dans le placard du concierge à Boston. Battre son ennemi juré, Auerbach, sur ses terres signifiait beaucoup pour lui. Rayonnant de joie, il est venu vers moi et m’a dit avec un sourire ironique : « Tu sais, Phil, la vie est parfois un mystère et tu ne peux pas faire clairement la différence entre le Bien et le Mal. Mais à un moment, le Bien triomphe définitivement du Mal. »

Les Finales contre les Lakers furent décevantes. Ils nous ont surpris au Match 1 mais lors du suivant, nous avons stoppé leur jeu rythmé. Nous l’avons finalement emporté en cinq manches. Les célébrations d’après-match à Los Angeles n’ont pas duré : seule une poignée de journalistes nous attendait pour avoir nos réactions. Je m’en fichais. J’avais enfin ma bague.

La saison suivante – 1973-74 – a été l’une des meilleures de ma carrière. Je me suis approprié le rôle de sixième homme et j’ai rapporté 11.1 points et 5.8 rebonds de moyenne. Mais l’équipe subissait un remaniement qui m’inquiétait.

La marque de fabrique des Knicks champions était l’extraordinaire lien entre les joueurs et la manière altruiste de travailler ensemble, en équipe. Ce lien était particulièrement fort lors de notre épopée jusqu’au premier titre en 1970. Après les arrivées d’Earl Monroe, Jerry Lucas et Dean Meminger en 1971, l’alchimie de l’équipe a changé mais un nouveau lien s’est créé, plus strictement professionnel mais non moins efficace. Nous ne passions pas beaucoup de temps ensemble en dehors du parquet mais nous nous accordions parfaitement sur le parquet. Maintenant, l’équipe connaissait un autre changement radical mais cette fois, l’effet allait être plus perturbant.

Nous avons eu du mal à tenir le cap pendant la saison 1973-74 à cause des blessures de Reed, Lucas et DeBusschere et avons difficilement accédé à la finale de Conférence Est contre les Celtics après avoir survécu à une série en sept matches contre les Bullets. Le moment crucial est intervenu dans le Match 4 au Madison Square Garden. Les Celtics menaient alors deux victoires à une dans la série. Le jeune pivot remplaçant et moi essayions de compenser la diminution physique de nos pivots. Mais cette fois, il n’y a pas eu d’épiphanie magique de Willis Reed. Dave Cowens et John Havlicek savaient comment tirer profit de notre manque de leadership dans la raquette et nous ont fait déjouer à chaque tournant critique en deuxième mi-temps. Boston l’a emporté 98-91.

Les Celtics nous ont achevés trois jours plus tard à Boston pour filer vers un autre titre de champion, contre les Milwaukee Bucks. J’étais assis dans l’aéroport Logan avec mes coéquipiers après cette défaite. Je me souviens d’avoir eu le sentiment que notre dynastie autrefois glorieuse était arrivée à la fin d’un cycle. Lucas et DeBusschere avaient déjà annoncé qu’ils envisageaient de prendre leur retraite. Le temps que la saison suivante débute, Reed et Barnett étaient également partis et Meminger avait été recruté par New Orleans dans la draft d’expansion, puis cédé à Atlanta.

Après cela, plus rien n’a été comme avant. J’ai intégré le cinq majeur la saison suivante pour remplacer DeBusschere et j’ai plutôt bien joué mais il ne restait que trois joueurs titulaires – Walt Frazier, Bill Bradley et Earl Monroe – et il a été difficile de retrouver le genre d’unité que nous avions avant. Les temps étaient en train de changer et les nouveaux joueurs qui affluaient en NBA étaient plus intéressés par le fait de montrer leurs compétences flashy et de vivre la belle vie NBA que par le dur labeur pour créer une équipe soudée.

Les deux années suivantes, nous avons ajouté des joueurs talentueux au groupe, y compris la star Spencer Haywood et le triple meilleur scoreur Bob McAdoo, mais aucun d’entre eux ne semblait intéressé par le fait de maîtriser la combinaison traditionnelle des Knicks mêlant intense défense et travail collectif altruiste.

Chaque jour, le fossé entre les générations se creusait davantage. Les nouveaux joueurs, habitués à se faire dorloter à l’université, commençaient par se plaindre que personne ne s’occupe de leur lessive ou que l’entraîneur ne fasse pas d’assez bonnes séances vidéo. Les anciens Knicks étaient habitués à prendre la responsabilité de leur lessive car il n’y avait pas encore de responsable de l’équipement et, aussi étrange que cela puisse paraître, laver nos propres tenues avait un effet rassembleur sur l’équipe. Si les nouvelles recrues ne voulaient pas laver leurs tenues, nous nous demandions si elles prendraient leurs responsabilités sur le terrain.

Il n’a pas fallu longtemps pour le savoir. En un temps remarquablement court, les Knicks sont devenus une équipe à double personnalité qui pouvait compter 15 points d’avance puis s’effondrer à la fin car nous n’étions pas capables d’avoir une attaque coordonnée. Nous avons eu beaucoup de réunions pour évoquer le problème mais nous ne nous entendions pas pour le régler. Rien de ce que put faire Red pour stimuler l’équipe ne fonctionna.

En 1976, les Knicks échouèrent aux portes des playoffs pour la première fois depuis neuf ans. L’année suivante, Bradley prit sa retraite et Frazier fut envoyé aux Cleveland Cavaliers. Puis Red démissionna, remplacé par Willis Reed.

Je pensais que la saison 1977-78 serait ma dernière mais pendant l’intersaison, les Knicks m’ont transféré aux New Jersey Nets. J’étais réticent au début mais j’ai accepté de partir quand le coach Kevin Loughery m’a appelé pour me dire qu’il avait besoin de mon aide pour travailler avec les jeunes joueurs. « Je sais que tu es en fin de carrière, a-t-il dit, mais venir à New Jersey serait une bonne passerelle du jeu au coaching. »

Je n’envisageais pas spécialement de devenir coach mais j’étais intrigué par le style de leadership non conformiste de Loughery. Après le camp d’entraînement, Loughery a dit qu’il voulait me placer au poste d’entraîneur adjoint mais avant cela, l’ailier Bob Elliot s’est blessé et j’ai été utilisé en tant que joueur. Néanmoins, j’ai eu la chance, cette année-là, de travailler avec les pivots en tant qu’entraîneur adjoint à temps partiel et de prendre le relais de Kevin comme coach lorsqu’il était exclu du match par les arbitres, ce qui est arrivé quatorze fois cette saison-là.

Loughery, qui avait remporté deux titres de champion ABA, avait un sens exceptionnel du jeu et il était doué pour exploiter les mismatches (oppositions avec un écart de taille). Mais ce que j’ai appris de lui est la façon de repousser ses limites et de les dépasser. Loughery a été le premier coach que j’ai connu qui demandait à ses joueurs de faire prise à deux sur les passeurs à mi-terrain, un mouvement à haut risque qui payait souvent. Il a aussi adopté le stratagème de Hubie Brown qui consistait à faire prise à deux sur le porteur de balle et d’en faire une partie intégrante de la défense, même si ce n’était pas très légal. L’une de ses plus grandes innovations a été de mettre au point l’action d’isolement immédiat de nos meilleurs shooteurs. Cette tactique ne ressemblait pas exactement au modèle d’attaque à cinq joueurs prôné par Holzman mais correspondait au cinq majeur des Nets, qui était formé de bons shooteurs. Elle a ouvert la voie à de nouvelles formes de créativité florissantes les années suivantes.

Notre joueur vedette était Bernard King, un ailier explosif et très rapide qui avait rapporté 24.2 points et 9.5 rebonds de moyenne l’année précédente en tant que rookie. Malheureusement, il avait également eu des problèmes de toxicomanie. Une nuit, pendant cette saison, il a été retrouvé endormi au volant, à un panneau « Stop », et a été arrêté pour conduite en état d’ivresse et possession de cocaïne.

Les accusations ont été abandonnées par la suite. Cet incident a poussé Loughery à bout. Il était réputé pour savoir gérer les stars égocentriques mais il sentait qu’il n’atteignait pas King et perdait son contrôle sur l’équipe. Il a donc menacé de démissionner. Quand le general manager a demandé à Loughery de proposer un remplaçant, il a soufflé mon nom. J’ai été un peu sidéré quand j’ai entendu cela mais c’était bon de savoir que quelqu’un de la trempe de Kevin pensait que je pouvais assumer ce travail. Finalement, Loughery est revenu sur sa décision. Quelques mois plus tard, les Nets ont envoyé King au Utah Jazz où il a passé la majeure partie de la saison en désintoxication.

Au début de la saison 1979-80, Loughery m’a dit qu’il allait m’enlever de la liste de joueurs pour m’offrir un poste d’assistant coach à plein temps avec une baisse substantielle de salaire. C’est le moment que j’avais toujours redouté. Je me remémore être en train de conduire en direction de la salle d’entraînement des Nets, à Piscataway, et de penser que je n’allais plus jamais ressentir le frisson du combat. Bien sûr, je me suis dit que j’allais certainement avoir d’autres bons moments à l’avenir mais à moins de passer par une crise d’une importance vitale, je ne vivrais probablement plus d’autre expérience comme celle que j’avais connue en tant que joueur NBA.

Etre coach n’était pas pareil. Ou du moins, c’était ce que je ressentais à ce moment-là. Victoire ou défaite, je serais toujours à l’écart de l’action.

Quelque part en périphérie de Piscataway, je me suis vu avoir une conversation imaginaire avec mon père, qui était décédé quelques mois plus tôt.

« Que vais-je faire, Papa, ai-je demandé, est-ce que le reste de ma vie sera une corvée totale, sans conviction ? »

Pause.

« Comment quelque chose d’autre pourrait-il être aussi significatif, pour moi, que le fait de jouer au basket ? Où vais-je trouver mon nouveau but dans la vie ? »

Il m’a fallu plusieurs années pour trouver la réponse.

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