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Glen Rice a 50 ans : le shoot élevé au rang d’art

Avec Uncle Rice, le ballon ne colle jamais… Durant 15 ans, ce fut « swish » et « nothing but net » à gogo entre Miami, Charlotte et Los Angeles.

Onzième meilleur tireur à 3 points de l’histoire (1 559 paniers primés),  Glen Rice connut la consécration sur le tard. Juste récompense pour un véritable esthète du shoot. 

 

 

Flint, Michigan. Au 3e étage d’un immeuble situé dans le quartier le plus pauvre de la ville vit la famille Rice. Nous sommes en 1979 et Glen a 12 ans. Dans la chambre qu’il partage avec ses deux frères et sa sœur, il s’ennuie ferme. Ses parents n’ont pas les moyens de lui offrir un panier de basket. De toute façon, il n’y a pas de place chez eux et encore moins de jardin. L’histoire de Glen Rice, l’un des shooteurs les plus élégants jamais vus en NBA, commence avec une paire de chaussettes. Glen est un bricoleur très inventif. Il roule plusieurs paires de chaussettes en boule. Ça fera un beau ballon. Puis il bricole un cintre qu’il arrondit pour en faire un cercle qu’il coince entre deux étagères. Système D. D comme diabolique. Dès lors, Glen fait un rêve. Il est tour à tour Julius Erving, Magic Johnson et Larry Bird. Il shoote jusqu’à plus soif, s’amuse en imitant ses idoles, imagine des matches fous où il marque le dernier panier victorieux sur un tir lointain. Glen ne sait pas encore que cet arceau de fortune lui permettra de sortir de la misère et de devenir l’un des meilleurs snipers de tous les temps en NBA…

La première star du Heat

Longtemps, la jeune franchise de Miami, créée en 1988, vit au rythme de son n°41. Durant sa première année d’existence, le Heat a terminé bon dernier au classement des attaques NBA. Il lui faut un gros scoreur de toute urgence. Ça tombe bien, Rice se présente à la draft 1989 auréolé d’un titre NCAA avec Michigan, où il a passé quatre ans. Ses 184 points durant le tournoi (record à battre) annoncent le titre de MOP qui suivra. Miami en fait son 4e choix. Rice prend ses marques durant sa saison rookie (13.6 pts par match) avant de carburer à 20 points de moyenne pendant cinq ans. Rapide, l’animal dégaine sans répit. Et sans préavis. Son champ de tir démarre aux lancers francs pour s’arrêter… dans la ville d’à côté. Peu importe la position, à vrai dire.

« Sur la moitié de mes tirs à 3 points, je ne me rends même pas compte que je suis derrière la ligne… Je shoote et c’est tout. »

Adroit de loin, Rice (2,03 m) connaît des soirées de folie où le Heat est difficile à refroidir. Deux fois, la franchise floridienne s’invitera en playoffs.

« On le doit essentiellement aux prestations de Glen », admet le coach de l’époque, Kevin Loughery.

Billy Cunningham, fin shooteur passé par Philadelphie dans les années 60-70 et copropriétaire du Heat jusqu’en 1994, apprécie en connaisseur.

« Glen sait demander les ballons dans les situations chaudes et les autres joueurs savent qu’il vaut mieux les lui donner. C’est une star idéale pour la NBA. Il a de la détente, il peut smasher comme il l’entend et ses 3 points sont des modèles de shoot. C’est exactement ce que les fans de NBA adorent. Son charisme et sa personnalité emballent le tout. »

Recalé pour les J.O. 1988 à Séoul

Cela fait déjà quelques années que le bonhomme fait parler de lui. Il fut deux fois champion de l’Etat de Michigan avec la Flint Northwestern Highschool avant d’intégrer l’université de Michigan. Les « Fab Five » ne sont encore que des basketteurs en culotte courte. Avec les Wolverines, Rice va leur montrer la voie. Un an avant l’obtention du titre universitaire 1989, Michigan est en tournée en France et affronte l’équipe nationale. L’ami Glen est de la partie. Son élégance balle en main, sa fluidité et son adresse séduisent de nombreux observateurs hexagonaux.

Rappeur avant l’heure – il se balade toujours avec un bonnet pour couvrir son crâne fraîchement rasé et un baladeur monstrueux sur les oreilles -, Rice est la vedette n°1 de sa fac. Les kids de Michigan, Terry Mills, Rumeal Robinson et Mark Hughes, forment une vraie bande de copains. Glen est incontestablement le plus doué. On plaisante, on chahute avec lui mais une fois sur le terrain, c’est lui le boss.

Durant cet été 1988, il participe aux United States Olympic Trials avec les cent meilleurs joueurs du pays. Un camp où on en bave. Il s’agit d’être incorporé à l’équipe américaine appelée à se produire à Séoul. Rice n’est finalement pas retenu, coupé à la limite d’un groupe de 48. Un an plus tard, Michigan dégomme tout ce qui bouge et remporte donc son premier titre NCAA. La moyenne de Rice durant la « March Madness » dépasse l’entendement : 30.7 points par match sur six rencontres ! En finale face à Seton Hall, il se fend de 31 points assortis de 11 rebonds. Son maillot n°41 sera retiré par la fac en février 2005.

« Un gentil shooteur dans un corps d’enfant »

En 1991-92, il emmène une première fois le Heat en playoffs avec Steve Smith et le pivot américano-libanais Rony Seikaly. Rien à faire contre Chicago (3-0). La saison suivante, les défenses adverses le ciblent. Sa moyenne chute à 19 points. Les mauvaises langues s’en donnent à cœur joie : Glen est tout juste « un gentil shooteur dans un corps d’enfant »… Il a retenu la leçon et passe l’été suivant à travailler avec un préparateur physique personnel. Au menu : musculation, course à pied, sauna.

« Quand on atteint un certain niveau, on ne peut plus se relâcher. Un peu moins de concentration, une condition physique moyenne et on se fait manger tout cru. »

Avant même d’avoir pu juger de la transformation, le Heat envisage de l’échanger. On parle beaucoup de Danny Manning (Clippers). Les discussions n’aboutissent pas. Au lieu de ça, Rice signe un nouveau contrat. Mais il revient de loin. Très loin.

Né et élevé à Jacksonville (dans l’Arkansas, pas en Floride), avec ses deux frères et sa sœur, Glen s’est installé à Flint, avec sa famille, en 1979. On a évoqué l’histoire du cintre et de la chaussette. S’il n’aime pas aborder le sujet, Rice admet qu’il a, comme beaucoup d’autres, échappé à la misère grâce à la balle orange. Les playgrounds l’effrayaient un peu. Il se pensait trop emprunté pour se frotter à de vrais malabars. Ce n’est qu’en seconde qu’il se décide à goûter au basket de compétition. Avec son 1,93 m, il n’a même pas conscience de ses qualités. Il faut toute l’insistance de Grover Kirkland, coach de highschool, pour le convaincre de disputer un premier match. Cet homme très pieux devient le père spirituel de Rice.

« Celui qui me motivait et qui me motive toujours, c’est Dieu. Il m’a donné du talent et je suis ici pour m’en servir », clame le disciple.

Pas en mal puisqu’à l’époque, Glen va jusqu’à prier pour les deux équipes avant le match… Devenu riche et célèbre en NBA, il fait preuve de simplicité et de discrétion au quotidien. Les sorties ne lui manquent pas depuis que, élève à Michigan, il se retrouva au milieu d’une altercation et assomma un étudiant en 2e année de droit. Sanction : 100 dollars d’amende et 72 heures au service de la communauté. Rice considéra l’affaire comme un avertissement. Se maîtriser et éviter les endroits un peu chauds. Grover Kirkland est toujours là pour lui. Glen l’appelle régulièrement et lui demande parfois de prier pour lui.

« Je dois tout à Dieu et mes prières ne seront jamais suffisantes. »

 

Il « vole » le titre de MVP du All-Star Game à Jordan

Jamais suffisantes, notamment pour gagner une série de playoffs. En 1994, le Heat est de retour en postseason mais Mookie Blaylock, Dominique Wilkins et Kevin Willis qualifient Atlanta in extremis (3-2). Rice n’emmènera jamais Miami plus loin que le 1er tour. Le prix à payer, sans doute, pour une franchise encore jeune (les Bobcats l’apprennent à leurs dépens). Le Heat change son fusil d’épaule au cours de l’été 1995 en expédiant Glen Rice et Matt Geiger à Charlotte contre Alonzo Mourning. Le pivot des Hornets s’était pris la tête avec Larry Johnson et avec la direction de Charlotte pour le renouvellement de son contrat. Il a besoin de changer d’air et trouvera son bonheur à Miami (ça, on ne le saura que bien plus tard).

En Caroline du Nord, Glen n’est pas spécialement mieux loti. La première année, son duo avec « Grandmama », a.k.a. Larry Johnson, pèse plus de 40 points par match mais Charlotte finit 6e de la Central. La deuxième année, Rice signe la plus belle saison de sa carrière avec 26.8 points (n°3 NBA derrière Michael Jordan et Karl Malone). Anthony Mason apporte ses biscotos et son sens de la passe, Vlade Divac sa science du jeu. Insuffisant pour des Hornets qui font de la figuration au 1er tour des playoffs contre New York, désormais l’équipe d’un certain Larry Johnson. 1997 voit l’arrivée du meneur David Wesley et de l’arrière Bobby Phills dont les destins seront tragiquement liés trois ans plus tard (le second mourra à 30 ans au volant de sa Porsche en faisant une course-poursuite avec le premier). Pour la première fois de sa vie, Rice passe un tour (3-1 contre Atlanta) mais c’est Chicago qui l’attend en demi-finales de Conférence… Charlotte arrache le Game 2 au United Center (78-76). Exploit sans lendemain.

Resteront trois convocations consécutives pour le All-Star Game et le titre – controversé – de MVP de l’édition 1997 à Cleveland : auteur de 26 points en 25 minutes (dont 20 dans le seul troisième quart-temps et 24 en deuxième mi-temps, records à battre), l’ancien Heat est copieusement hué lors de la remise de l’award. Le public de la Gund Arena ne comprend pas que le titre échappe à Michael Jordan, auteur ce soir-là du premier triple-double (14 pts, 11 rbds, 11 pds) de l’histoire du All-Star Game… Crime de lèse-majesté d’autant plus impardonnable que la NBA fête pour l’occasion ses 50 ans.

Chez les Lakers, Jerry West cogite. Pour ramener le titre NBA à Los Angeles, un troisième larron serait le bienvenu en soutien du duo Shaq-Kobe. Le GM fait à nouveau affaire avec Charlotte, dépouillé du sieur Bryant en 1996. Glen Rice est échangé contre Eddie Jones et Elden Campbell. La consécration l’attend au bout de la route, en 2000.

Avec ses 15.9 points de moyenne, l’ex-Hornet est une troisième option offensive tout à fait correcte. Mais pendant un an, ses relations avec Phil Jackson resteront tendues. Le « Maître Zen » goûte moyennement la passivité en défense d’un joueur qui a pensé « shoot » toute sa vie.

Champion NCAA, MOP, MVP du All-Star Game, champion NBA, Rice se retire en 2004 après un triptyque Knicks-Rockets-Clippers qui n’ajoutera rien à sa gloire. Avec son élégance folle, sa mécanique de tir impeccable, son adresse diabolique (45.6% dans le champ en 15 ans et 40% à 3 points), Glen Anthony Rice fut l’exemple parfait du shooteur pur. Un modèle pour tous les Ray Allen et Stephen Curry du monde.

Hélas, son après-carrière est moins rose puisque Glen Rice est « au bord de la ruine », et ses seuls revenus proviennent de camps de basket et d’apparitions dans des manifestations sportives.

Pour ne rien arranger, son fils, Glen Rice Jr, passé par la NBA, avait fait des siennes l’été dernier, accusé de violences aggravées et de possession de drogue avec intention de la revendre…

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