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Kevin Garnett a 40 ans : portrait du “Kid” devenu le “Big Ticket”

Kevin GarnettAprès Tim Duncan il y a un mois, c’est au tour de Kevin Garnett de fêter ses 40 ans. MVP en 2004 et champion NBA en 2008, celui qu’on surnommait « Da Kid » à Minnesota va réellement devenir adulte à Boston. Le « Big Ticket » gagnant pour un intérieur aussi agaçant qu’attachant.

« Da Kid » a grandi. Il lui fallait un trophée de MVP pour le prouver. Nous sommes en 2004. Eliminés sept fois de suite au 1er tour, les Timberwolves gagnent enfin une série de playoffs. Contre le Denver du rookie Carmelo Anthony. Bien soutenu par la paire Sam Cassell-Latrell Sprewell, Kevin Garnett entrevoit enfin la lumière au bout du tunnel, lui qui évolue depuis longtemps au niveau des MVP comme en témoigne régulièrement une 1ère place au classement de l’évaluation statistique. La fin d’un trou noir avec sept sorties de route prématurées en phase finale, mais aussi le décès de son ami et coéquipier Malik Sealy.

Cette année-là, le Minnesota de « KG » a même décroché la pole position dans la Conférence Ouest avec 58 victoires. Les spécialistes étaient déjà tentés de lui donner la sculpture une année auparavant, lorsqu’il déployait ses interminables tentacules dans toutes les raquettes du pays (23 pts, 13.4 rbds, 6 pds, 1.5 ct). Mieux classé avec San Antonio, Tim Duncan lui ravit le précieux sésame.

Il a révolutionné le poste d’ailier-fort

Duncan, l’antithèse parfaite. Un joueur lisse, archi-académique mais qui empile les titres comme il aligne les tirs avec la planche. Garnett, lui, mettra 13 ans à se départir d’une étiquette de loser. Très longtemps, on crut que cet « energizer » inépuisable et trash-talker invétéré finirait au cimetière des éléphants, coincé au panthéon des perdants magnifiques entre le mausolée de Charles Barkley et celui de Karl Malone. C’eut été une incroyable injustice.

Du haut de ses 2,11 m, Kevin Garnett a complètement révolutionné le poste 4. Il incarne le joueur moderne, polyvalent au possible, capable de jouer et de défendre à tous les endroits du terrain. Avec deux maîtres mots : « intensité » et « exigence ». A l’entraînement comme en match, le « Big Ticket » fait preuve d’un engagement total, d’un professionnalisme aigu et d’une rigueur extrême. Ses stats en cette année 2004 ont encore progressé. Elles font peur et plaisir à la fois : 24.2 points, 13.9 rebonds (1er de la classe) et 5 passes par match. Y’a pas photo ! De quoi rejoindre Larry Bird dans le club très sélect des joueurs ayant réussi au moins 20 points, 10 rebonds et 5 passes de moyenne cinq saisons d’affilée.

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Drafté en 5e position à sa sortie du lycée

Il aura fallu neuf ans au kid de la Chicago’s Farragut Academy, retenu en 5e position de la draft 1995, pour devenir cet exceptionnel athlète.

« Je dois beaucoup à Kevin McHale, explique le champion NBA 2008. Je lui posais 100 questions par jour, il me donnait 100 réponses par jour. »

Un Kevin McHale assez fier de son élève.

« Il est arrivé dans la Ligue en affirmant qu’il deviendrait le meilleur. Qu’il travaillerait pour cela et qu’il ferait tout pour le démontrer. C’est chose faite. Kevin me rappelle quotidiennement comment le basket doit être joué : avec passion, travail et discipline. »

Bosseur inlassable, coéquipier exemplaire, Garnett est aussi et surtout un éternel insatisfait.

« Je ne suis jamais satisfait de mes perfs, j’en veux toujours plus. L’année où j’ai décroché le titre de MVP, j’avais énormément travaillé mes appuis et équilibré mon dribble. C’est vrai que je peux jouer n’importe où mais là où je suis le plus efficace, c’est entre les positions 3 et 4. J’ai peut-être créé un nouveau poste. »

A l’époque, « KG » répète à qui veut l’entendre qu’il sera champion NBA un jour. Sans Stephon Marbury, mais avec Latrell Sprewell et Sam Cassell pour l’épauler, la mission paraît alors réalisable. Mais le champion olympique de Sydney ignore que le trio explosera en vol et qu’il lui faudra aller en constituer un autre, sur la Côte Est, avec Paul Pierce et Ray Allen pour atteindre le Graal. Un contrat de 100 millions de dollars et l’équipe montée autour de sa personne semblaient offrir quelques garanties à Minneapolis. Elles se révélèrent éphémères. Mais c’est bien cette année-là que Garnett se fit le plus entendre, en dominant du geste et de la voix.

« Je n’ai pas envie d’être un exemple en m’asseyant et en parlant mais en passant à l’action. »

Et « Da Kid » devint « The Big Ticket ».

Après ce trophée de MVP et huit campagnes de playoffs d’affilée, les seules de l’histoire des Wolves, les choses se compliquent donc pour Garnett. Latrell Sprewell se demande comment il va nourrir sa famille avec le « petit » contrat de 21 millions proposé par ses patrons, Sam Cassell est échangé contre Marko Jaric, KG retourne dans le deuxième meilleur cinq de la ligue. Le momentum du trio est derrière lui, celui formé avec Wally Sczerbiak et Ricky Davis ne parvient pas accrocher les playoffs. Même s’il refuse un temps d’y penser, Kevin Garnett doit se faire à l’idée : il ne gagnera pas le titre avec cette franchise là. Par contre avec Boston…

De la loose au Graal

À l’intersaison 2007, Danny Ainge réalise un coup incroyable en montant un « Big Three », le premier du 21e siècle. Paul Pierce, resté fidèle à l’équipe qui l’a drafté, accueille Ray Allen en provenance de Seattle et Kevin Garnett donc. Les dirigeants des Celtics se séparent d’une grande partie de leur effectif (sept joueurs pour le seul KG !) mais parviennent à greffer des role player de talent à leur trio magique. Pour un effet immédiat : sous les ordres de Doc Rivers, Boston finit la saison avec 66 victoires. Son numéro 5 devient le premier “défenseur de l’année” de l’histoire du club et finit troisième au classement du MVP. Garnett incarne parfaitement le fameux « Celtic Pride » de la franchise.

« Kevin laisse tout ce qu’il a sur le terrain, chaque match » déclarait Rivers un an plus tôt lors de l’introduction du ‘Big Three’. « Il a une conduite, une passion, une rage de vaincre que personne n’égale dans la ligue. » Et Bill Walton de compléter l’hommage : “Je me sens fier, honoré, humble et privilégié d’avoir porté le même numéro que KG.”

En playoffs, l’équipe a besoin de sept manches lors des deux premiers tours, puis six en finale de conférence pour avoir la chance d’affronter les Lakers en finales. Mais les hommes verts n’ont pas de pitié pour leur ennemi juré : lors du Game 4, les Celtics remontent un déficit de 24 points pour passer à 3-1 dans la série et s’envoler vers le titre. Moins de 12 mois après son arrivée dans le Massachusetts, Kevin Garnett réalise son rêve. « Anything is possible », comme les mots utilisés après le Game 6 remporté 131 à 92, par un “Big Ticket” en transe. Une des interviews les plus mythiques de l’histoire de la ligue.

La fameuse tortilla…

Les planètes se sont enfin alignées pour le « Big Ticket », un évènement malheureusement aussi beau qu’unique pour lui et les Celtics. En 2009, KG devient le plus jeune joueur de l’histoire à atteindre les 1 000 matches mais se blesse au genou et prend part à moins de soixante rencontres pour la première fois de sa carrière. Le puzzle assemblé par Danny  Ainge, promis à une nouvelle dynastie, n’atteindra pas le Graal une deuxième fois.

« Au final, vous n’est responsable que de vous et vos actes sont les seules choses que vous pouvez contrôler” réagit Garnett à propos des malheurs à répétition des Celtics 2009. “Au lieu d’être frustré avec ce qu’on ne peut pas contrôler, il faut essayer de réparer ce qu’on peut. »

Aux cotés des trois pièces majeures, les Rajon Rondo, Kendrick Perkins, Glen Davis, Eddie House et Tony Allen, retourneront bien en finale en 2010, appuyés par les renforts de Rasheed Wallace, Nate Robinson et Michael Finley, mais cette fois-ci ce sont les Lakers qui réaliseront un gros come back, dans le Game 7, pour anéantir les espoirs des Celtes. L’année suivante, le jeune « Big Three » du Heat élimine celui des Celtics, et emporte Ray Allen dans ses bagages. L’alchimie de ce groupe vieillissant est cassée, son momentum est là encore derrière lui, mais cette fois-ci Kevin Garnett en aura gardé une bague de champion.

« Le timing est le plus important » expliquait à sa façon KG en 2011 après le lockout. « L’alchimie est quelque chose que tu ne lances pas juste à frire, mélangé avec autre chose, pour être étalé, puis frit à nouveau et mis dans une tortilla au micro-ondes, qui aura bon goût une fois chauffé. Vous voyez ? Ceux qui cuisinent comprendront, les autres, ça ne vous concerne pas. »

À 36 ans, 16 points et 8 rebonds de moyenne, Kevin Garnett ne participe pas au All-Star Game pour la première fois en treize ans, mais arrache une dernière chance de s’approcher du Larry O’Brien Trophy, Boston menant 3-2 en finale de conférence face à Miami. Mais LeBron James, trop fort et trop puissant, éliminent de nouveau les hommes en vert.

Le pari manqué des Nets

Souvent critiqué pour son attitude de “bad boy” sur le terrain, KG retourne au match des étoiles en 2013, gardant sensiblement les mêmes moyennes alors que Paul Pierce approche des 19 points par match, mais le duo n’arrive pas hisser les leurs au deuxième tour des playoffs. Eliminés par les Knicks, les deux hommes plient bagage et sortent leur plus beau sourire crispés pour rejoindre l’autre club de la grosse pomme, les Nets. Un pari risqué pour Brooklyn mais une belle opportunité pour Garnett de retrouver les sommets aux côtés de son ami Pierce, et de Deron Williams, Joe Johnson ou encore Brook Lopez. Un cinq de “galactiques” qui fait exploser le salary cap.

Kevin Garnett

Le temps est compté pour cet effectif et malheureusement la mayonnaise de prend pas aussi vite qu’à l’arrivée du “Big Ticket” à Boston. Les Nets sont éliminés en demi-finale de conférence par le Heat. Avec le numéro 2 sur le dos pour rendre hommage à Malik Sealy, KG ne tourne plus qu’à 7 points et 6 rebonds de moyenne lors d’un passage à Brooklyn qui prend fin l’année suivante.

Retour à la case départ

En février, Garnett n’attend pas de voir son équipe perdre au premier tour des playoffs et part en direction de Minneapolis. “Da Kid” est de retour au bercail, près de huit ans plus tard, avec un seul titre en poche. Mais c’est bien assez pour lui dont le coeur était resté dans le Minnesota.

« Je veux racheter les Wolves » déclare-t-il alors. « Je veux monter un groupe d’investisseurs et peut-être, un jour, tenter de racheter l’équipe. C’est ce que je veux. C’est la seule équipe qui m’intéresse. »

Commence alors une lente phase de transition, agrémentée de pépins physiques, du rôle de joueur vers celui de dirigeant, en passant par mentor pour les talentueux jeunes loups. Qui de mieux que Garnett pour enseigner à Karl-Anthony Towns les ficelles de la NBA?

« Il est très intelligent, il a un QI élevé, il comprend le basketball » confiait KG fin janvier. « Parfois c’est même difficile de lui apprendre des choses parce qu’il est tellement intelligent. C’est l’avantage de la jeunesse je suppose, mais il comprend beaucoup de trucs, très rapidement. »

KAT n’était même pas né quand KG entamait sa carrière dans la grande ligue, une des plus longues de l’histoire. LA plus longue même, s’il décide de revenir à l’automne pour une vingt-deuxième saison, ce qu’aucun joueur n’a fait avant lui. Il a signé un contrat de deux ans en 2015, qui court donc encore encore une année. Mais le même mystère que pour son ennemi intime Tim Duncan pèse sur un retour. En attendant de savoir si le “Big Ticket” reviendra frapper les paniers de la NBA avant les entre-deux, souhaitons lui un anniversaire à la hauteur de son immense carrière.

Kevin Garnett

Palmarès

Champion NBA : 2008

Titre de MVP : 2004

All-Star : 15 fois (1997, 1998, de 2000 à 2011, 2013)

MVP du All-Star Game : 2003

All-NBA First Team : 2000, 2003, 2004, 2008

All-NBA Second Team : 2001, 2002, 2005

All-NBA Third Team : 1999, 2007

Défenseur de l’année : 2008

NBA All-Defensive First Team : 9 fois (2000 à 2005, 2008, 2009, 2011)

NBA All-Defensive Second Team : 2006, 2007, 2012

NBA All-Rookie Second Team : 1996

Champion olympique : 2000

Stats en carrière : 17.8 pts, 10.0 rbds, 3.7 pds et 1.4 ct/m.

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