L’homme est réservé et peu causant.
Le joueur maîtrise tous les fondamentaux du basket. S’il n’est pas spectaculaire, Tim Duncan incarne l’efficacité absolue. Tant pis pour le show, tant mieux pour la gagne…
Le boss des San Antonio Spurs quatre fois champions NBA, c’était lui. Jusqu’à ce qu’il déclare en 2008, comme dans un passage de témoin, que son petit protégé, Tony Parker, était éligible pour le titre de MVP.
« Je pense qu’il mérite de recevoir des voix. Avec toutes les blessures que nous avons eues, c’est Tony qui a permis que l’équipe reste compétitive jusqu’au bout. Il a livré sa meilleure saison NBA et je pense qu’il devrait faire partie du Top 5 de la Ligue. »
Des mots qu’il pourrait encore prononcer cette saison, et Timothy Theodore Duncan sait de quoi il parle. S’il n’a jamais réalisé le back-to-back pour le titre de champion, il a inscrit son nom coup sur coup au palmarès du MVP.
« Les joueurs d’élite sont ceux qui aident leur équipe en lui faisant gravir un échelon dans la Ligue. C’est ce qui sépare les bons des grands. »
Trop modeste pour préciser dans quelle catégorie il se situe, Tim Duncan fait indiscutablement partie de la seconde. Il fut le septième joueur de l’histoire à obtenir deux titres de MVP consécutifs, le premier depuis Michael Jordan.
« Je n’aurais jamais imaginé entrer dans cette liste », assure-t-il.
Lorsqu’il décroche son deuxième trophée en 2003, Duncan a 27 ans. Son compteur affiche plus de 10 000 points et plus de 5 000 rebonds. Il est le 13e à réaliser cette perf. Avec l’ailier fort des Spurs, le minimum syndical, c’est 20 points-10 rebonds par match. Preuve en est ses 58 double-doubles cette année-là. En deux temps-trois mouvements, il vous fait basculer une rencontre, que ce soit sur un tir avec la planche, geste parfaitement maîtrisé, ou sur un petit hook. Gregg Popovich n’est jamais avare de compliments lorsqu’il s’agit de son poulain, pierre angulaire d’une mini-dynastie établie en 1999 à l’issue d’une saison écourtée par le lock-out.
« Le jour où Timmy arrêtera, je n’aurai plus qu’à prendre ma retraite ! », clame « Pop ».
L’intéressé reste évasif sur sa retraite, et il pourrait prolonger à la fin de cette saison. Pour le reste, ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme « The Big Fundamental ». Shaquille O’Neal a repris cette formule à son compte de façon un peu ironique mais Duncan est le seul basketteur NBA qui trouve grâce à ses yeux.
« Aucun joueur n’a autant dominé cette Ligue que moi. Le seul qui l’ait fait, c’est Tim Duncan et je ne le considère pas comme un pivot. »
« J’aime la puissance du silence »
Discret, effacé, l’homme est plutôt du genre « quiet man ». En 2002, année de son premier titre de MVP, Gregg Popovich le pousse, non sans mal, à donner un peu plus de voix auprès de ses partenaires alors que David Robinson est blessé. L’homme des Iles Vierges doit forcer sa nature mais pas son jeu. Il s’exprime au plus haut niveau, sans fioritures. Un coéquipier idéal, pas égoïste pour un sou et capable du geste juste qui fait gagner. Sourd aux critiques qui l’associaient à une époque au jeu soporifique des Spurs (lui préférait empiler les titres…). Duncan résuma assez bien sa personnalité lorsqu’il analysa un jour sa force principale :
« J’aime la puissance du silence. Tu peux détruire tes adversaires comme cela. Ils peuvent te crier au visage, tu réponds par un tir, un rebond ou un contre. Ils détestent.»
Il est comme ça, le grand Tim. Il contrôle, démolit et frustre ses adversaires, autant physiquement que psychologiquement. Le gaillard n’aime pas perdre. Ses quatre bagues de champion en sont la meilleure preuve. Incroyable destin pour ce nageur émérite qui visait les J.O. sur son île avant de voir le cyclone Hugo détruire son outil de travail… Si on parle uniquement sport, on peut considérer Duncan comme le meilleur ailier fort de l’histoire du basket. Il a pour lui le palmarès et le jeu, avec un impact décisif des deux côtés du parquet.
Mais quelle place occupera-t-il dans la mémoire collective par rapport à un Charles Barkley ou un Karl Malone qui avaient autrement plus de personnalité (pour le meilleur et pour le pire) ?
Titres de MVP : 2002, 2003
Nombre de matches NBA : 1 180
Nombre de points en carrière : 23785 (au 25 avril)