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Interview Christophe Elise (photographe) : « il faut aller vite et rester humble dans ce métier »

Fin janvier 2009, nous vous faisions découvrir Christophe Elise, le photographe, en autre, de Basketsession et Reverse Magazine. Trois ans plus tard, Christophe est devenu pleinement photographe, il n’écrit plus dans la presse informatique, et Basket USA est allé discuter avec lui de sa profession.

Ses débuts, ses meilleurs souvenirs, ses envies mais aussi sa préparation avant les événements ainsi que ses inspirations et ses plus belles photos, tout a été évoqué dans un entretien passionnant qui mêle passion, modestie et envie de toujours mieux faire.

Tu étais journaliste dans la presse informatique. On t’offre un appareil reflex et te voilà dans la photographie. Raconte-nous ce parcours…

J’ai passé dix ans à faire du journalisme dans la presse écrite, et cela va faire deux ans que je n’écris plus. J’avais une idée ou plutôt une réflexion permanente sur une éventuelle reconversion. Je m’étais laissé une possibilité de faire autre chose professionnellement. D’une part, pour envie de changement, et d’autre part étant journaliste, j’analysais que le marché de la presse dans lequel j’évoluais, n’était pas forcément florissant. Il était déjà en crise à l’époque et depuis quelques années, cela n’a pas cessé de péricliter. Donc c’est une réflexion personnelle, sur ce que je pouvais faire d’autre qu’être journaliste, combinée à l’appareil photo, qui m’a conduit sur une autre voie.

Par quoi et surtout par où on commence dans ce milieu quand on vient de la presse écrite ?

Ce n’est pas un métier très différent de ce que je faisais. J’ai changé de domaine, car j’écrivais dans la presse informatique professionnelle, donc j’étais dans un domaine assez spécialisé. Et dans ce domaine, j’étais moi même spécialisé. Mais cela reste du journalisme, même si j’ai changé d’outil, en passant de l’écriture à l’image. Il y a certains principes de journalisme qui restent les mêmes : couvrir un événement dans sa globalité, raconter une histoire. De manière pragmatique, c’est comprendre ce qui peut être utile dans ce média, car l’image est un support du travail de journaliste. Tout cela, ce sont des techniques, des compétences et des réflexes de journaliste que j’avais en écrit et qu’il fallait ensuite adapter. Il faut apprendre car j’ai fais des erreurs au départ mais fondamentalement ce n’est pas si différent. Au contraire, par exemple d’un ami journaliste qui s’est reconverti en restaurateur. J’ai juste appris des compétences différentes, des compétences qui sont plus techniques que professionnelles.

Pas un changement de métier, mais un changement de méthode de travail en quelque sorte…

J’ai changé de média. Je suis passé de l’écrit à l’image et de l’informatique au sport. D’abord par envie et aussi par goût et par souhait. Pour revenir à mon exemple de restaurateur, pour moi, ça aurait été impossible. Alors que là, la transition est moins délicate.

Les premières expériences commencent en 2006, avec notamment le Marathon des Sables au Maroc…

C’est une première expérience significative. Car j’ai commencé par essentiellement du basket, de la Pro A et le Paris Basket Racing à l’époque. Puis j’ai eu cette opportunité de couvrir le Marathon des Sables. Une expérience qui se rapproche plus du reportage que de la couverture d’un événement sportif.

Quelques mois après, l’aventure continue sur les parquets NBA avec Boris Diaw à Phœnix…

Je couvrais un match des Suns, l’année où Boris Diaw a explosé. Et, je me suis basé sur le fait que j’étais journaliste, pour combiner textes et photos et ainsi vendre cette prestation. J’avais vendu l’interview de Boris au journal Métro.

L’année suivante, les photos commencent à apparaître de façon régulière dans plusieurs magazines comme Reverse, ESPN Mag, L’Équipe. Et aussi la bible du sport US, Sports Illustrated. Quels effets ça procure d’être dans ce magazine ?

C’est une grande fierté et j’étais heureux car j’adore Sports Illustrated. Après je reste modeste, et ce n’est pas de la fausse modestie, mes photos ont été aussi sur le site et dans le magazine certes, mais je n’ai pas fais de double-page non plus. Je connais bien les médias et leurs fonctionnements, ainsi que ceux des agences de presse et autres, donc ça oblige à être humble. J’ai eu des parutions dans Sports Illustrated, mais ça ne signifie nullement que je suis un cador de la photographie. On est des dizaines à être sur le même événement et à avoir la même photo, donc il y a de la chance et beaucoup de facteurs que l’on ne contrôle pas. Le fait d’être publié, ici ou là, n’a rien à voir avec le fait d’être talentueux ou d’être très bon. Même si ça m’a montré que j’étais sur la bonne voie. Car j’avais moins de couvertures d’événements que d’autres qui sont en agence de presse, donc ça m’a montré qu’il y avait de l’espoir pour persévérer et continuer à progresser. Le jour où je ferai une couverture de Sports Illustrated, j’aurai moi même du mal à y croire.

« Un match, c’est six heures de travail »

Quelle est ton organisation sur un match NBA ?

Quand je suis aux États-Unis, J’arrive deux voire trois heures avant le début de la rencontre. Après ça dépend. Il y a de la préparation à faire, soit elle est faite en amont avant d’arriver dans la salle, ce qui me permet d’arriver un peu plus tard. Soit je la fais quand je suis arrivé à la salle. J’ai donc une préparation technique à faire. Il y a deux équipes donc je dois connaître les effectifs. Quand je dis connaître les effectifs, c’est dans le cadre de mes photos. J’ai la possibilité de rentrer les joueurs avec des codes pour ne pas recopier intégralement le nom et prénom du joueur sur chaque photo. Je donne un exemple, avec le code « #13B », ça va me mettre automatiquement « Joakim Noah, Chicago Bulls, pivot ». Avec ceci, je gagne beaucoup de temps, et l’important dans ce métier c’est d’aller vite. Je regarde l’actualité autour du match, est-ce qui peut se passer quelque chose d’important. On a eu l’exemple hier (NDLR : lundi soir) avec Kobe Bryant qui est devenu le 5ème meilleur marqueur de l’histoire de la ligue. Il faut savoir ce genre de chose. Après ce premier travail, je fais les photos. Alors je commence avec l’échauffement, les joueurs ou encore l’extérieur de la salle. Ensuite, je décharge ces photos, car ce ne sont pas celles que je vais utiliser pour le match.

Combien de temps après le match pour finaliser complètement ton travail ?

Facilement une bonne heure après la fin du match. Mais ça peut monter à deux heures et demie, après que je sois rentré dans mon hôtel. Je retravaille certaines photos, celles de l’échauffement ou encore les portraits. Mon premier travail est sur des photos d’action de jeu, d’oppositions entre joueurs et ensuite sur les photos intemporels. Comme un joueur au lancer-franc par exemple. C’est une photo qui peut être utilisée tout le temps et ce peu importe la date à laquelle elle a été prise.

Donc pour un match NBA, il y a plus de six heures de travail !

C’est ça. Deux heures avant, deux heures pendant et deux heures après. Mais, il n’y a pas de généralité à faire sur mon travail. Cela dépend du statut, être en agence de presse ou non. Les personnes de l’Associated Press par exemple sont sur cinquante photos maximum par match. Donc ils sont beaucoup plus rapides. Ce n’est pas la même chose de travailler pour L’Équipe que pour Reverse. Ils n’ont pas les mêmes besoins immédiats. Étant free-lance, quand j’envoie mes photos, tout a été fait dessus, que ce soit le traitement ou les légendes. Au contraire d’une activité avec un magazine, où ce sont des photos bruts qui sont envoyées et c’est ensuite une rédaction technique qui termine le travail.

Combien de photos prends-tu dans un match NBA ?

Pour obtenir un total qui varie entre 90 et 150 photos exploitées, j’en prends entre 500 et 600 par match. Car sur un cliché assez simple, je peux utiliser une rafale de deux, trois photos.

À quand remonte le dernier voyage aux Etats-Unis pour couvrir la NBA ?

Je suis rentré mercredi dernier (NDLR : le 1er février). Et j’étais à Miami pendant 15 jours pour couvrir le Heat.

Existe-t-il des sports plus faciles à prendre en photo que d’autres ?

Il y a des sports où on a plus de facilités personnelles. J’ai toujours autant de difficultés avec le football. Alors que certaines de mes collègues le font sans difficulté. Je préfère shooter du basket, mais c’est logique, je suis, connais, aime et shoot le basket depuis plus longtemps que le football. J’ai des facilités dans les sports que j’aime et que j’ai déjà shootés, le basket et le baseball en tête. Après j’ai fais une fois du volley-ball et j’ai trouvé cela plutôt difficile. Il y a aussi le hockey qui n’est pas facile. J’en ai fait en NHL et c’est très rapide, avec des habitudes de prise de vue qui sont différentes. Il y a très peu de spot où l’on peut prendre des photos.

« Photographier Kobe Bryant en finale NBA, ça a une saveur particulière »

Il reste encore des envies à combler ou des manques ?

Bien sûr. Encore heureux. Il ne faut pas oublier que d’un point de vue professionnel, je suis très jeune. J’ai seulement cinq ans de photographie. Et depuis 2009, on peut dire que le rythme s’est accéléré. J’ai tout simplement envie de faire les événements les plus marquants dans les sports que j’aime. J’ai fais les Finals NBA en 2009 et j’aimerais bien les refaire car c’est le summum. Plus de Foot US aussi, mais la saison est courte, il n’y a pas de matches tout les deux jours comme en NBA. Et évidement, en NFL, ce serait faire le Super Bowl. J’aimerais faire plus de baseball et surtout les World Series, ainsi qu’un spring training aux Etats-Unis. J’ai eu la chance de couvrir ce sport dans beaucoup de pays où le baseball compte hors USA. À Cuba ou en République Dominicaine. J’aimerais le faire au Japon qui est un grand pays de baseball. Et pour finir, il y a les Jeux Olympiques l’été prochain que je devrais normalement faire pour couvrir le basket.

Quels sont tes inspirations en photographie ?

J’adore le base-ball mais je ne suis pas né au Etats-Unis donc les inspirations je peux les avoir par rapport à Brad Mangin, un photographe de San Francisco qui est sur ce sport depuis 25 ans. Mais je ne peux pas les reproduire. Il a 25 ans de base-ball et de Major League, moi j’ai 5 ans d’expérience.
J’ai aussi Walter Iooss, qui est un photographe important et qui a une carrière assez géniale. Ainsi que tous les photographes de Sports Illustrated. Après avoir vu leur travail, réussir à se confronter avec eux sur un même événement et voir les photos qu’ils ont prises par rapport aux miennes, c’est très intéressant. Il y a aussi des photographes français, qui ont eu des très belles carrières et que je suis régulièrement.

Le plus beau souvenir ?

Il y en a quatre et je vais essayer de les hiérarchiser. Il y a le World BaseBall Classic que j’ai fait en 2009 et ce, sur trois semaines, du premier tour jusqu’au tour final. J’ai été à Porto Rico pour le premier tour, le second était à San Diego et le dernier à Los Angeles. C’est au baseball ce qu’est la Coupe du Monde au football. C’était un moment extraordinaire. J’ai vu l’équipe de Hollande battre, deux fois, l’équipe de la République Dominicaine. Et pour continuer dans mon analogie avec le football, c’est comme si la Belgique battait le Brésil. Ça c’est la plus belle expérience, elle a été suivie par le fait de faire les Finals NBA.

Avec beaucoup de photos d’un joueur comme Kobe Bryant, un joueur qui est déjà dans l’histoire de ce sport et qui va le rester longtemps encore. J’ai commencé mon métier trop tard pour suivre Michael Jordan mais faire une Finals avec Bryant, ça a une saveur particulière.

Et enfin, les playoffs de l’an dernier. J’ai suivi les Bulls pendant un mois. Chicago est une ville que j’adore, j’adore les Bulls depuis longtemps et les playoffs c’est de l’intensité avant tout. C’était plaisant à plein de niveau pour moi. Enfin, le premier moment où j’ai shooté de la Major League de baseball à San Francisco. C’était les Giants et c’était un moment vraiment très particulier. J’ai peut-être pas pris mes plus belles photos, mais certaines sont significatives pour moi. J’ai progressé depuis 2009 donc j’ai toujours une pointe de regret. Enfin, peut-être pas de regret mais j’ai toujours l’impression que je peux mieux faire. C’est pourquoi je veux toujours faire plus.

« Il y a une part de chance dans la photo »

Pour en revenir un peu aux envies, quel est ton rêve ?

Je n’ai pas vraiment de rêve particulier. C’est plus général. C’est réussir à aller vivre quelques années aux Etats-Unis pour vraiment bien travailler sur ces sports que je suis et que j’aime. Maintenant j’ai des envies de faire des portraits d’athlètes que j’aime beaucoup. Des photos en studio, ou éventuellement en extérieur, mais garder l’idée du portrait. Derrick Rose par exemple ou Kobe Bryant, avant qu’il ne prenne sa retraite. Ou encore Tim Lincecum et Brian Wilson, les lanceurs des Giants de San Francisco. Cela me permettrait d’avoir un regard plus personnel sur ces athlètes.

Quelle est la plus belle photo de l’histoire du sport ?

Je pense immédiatement à la photo de Neil Leifer. Celle où Muhammad Ali vient de faire tomber Sonny Liston. En plus, j’ai vu cette photo dans une galerie de Leifer. C’est une très belle photo. Il y a aussi des photos de Jackie Robinson, celle où il vole un home plate. C’est une photo que j’ai chez moi et donc j’ai toujours eu le plus grand mal à identifier la source. Je pense à ces photos-là, mais elles sont aussi personnelles. Donc je n’affirme pas dans un débat que ce sont les belles de l’histoire. Je pense aussi à Walter Iooss avec Jordan en 1988. Celle du Slam Dunk Contest, un très beau plan large alors que Jordan part au dunk. Elle paraît moins extraordinaire aujourd’hui qu’à l’époque. Mais pour l’époque, le plan, la qualité de la photo et le moment sont absolument parfaits. Et concernant ses photos, Iooss racontait récemment dans un article de Sport Illustrated qu’il s’était permis de demander à Jordan s’il pouvait lui faire une signe afin qu’il sache de quelque coté il allait dunker. Et Jordan lui a dit oui, il lui a fait un signe à chaque fois. Iooss est donc à chaque fois bien placé et il a réussit des photos extraordinaires.

D’où l’importance du placement dans la photo, sur celle d’Ali, on remarque un photographe qui fait la grimace car il est malheureusement du mauvais côté de l’action…

Exactement. Il faut savoir rester humble quand on fait des photos de sport. On ne contrôle pas grand chose, il y a donc beaucoup de chance. Il faut la provoquer cette chance, essayer de sentir les choses et se tenir prêt. Là, sur la photo d’Ali, si Liston tombe de l’autre coté, ce n’est pas la même photo, ni la même histoire et plus la même légende. On est sur le bord des terrains, mais si un joueur ou un arbitre nous bouche la vue, c’est raté. Après, une action de dos n’est pas inintéressante. On le voit avec le dernier shoot de Michael Jordan avec les Bulls, c’est une photo extraordinaire. Elle nécessite quasiment le fait d’être de dos, car on voit toute le monde, notamment le public effaré qui sait que Jordan va mettre dedans. Pour revenir à celle d’Ali, elle est plus jolie de face mais de dos avec le visage de Liston, KO, et l’ombre d’Ali, ça aurait pu être pas mal non plus.

Les prochains voyages de prévus ?

Je devrais repartir fin février. Ce sera un mois à Boston et Chicago pour la NBA. Je suis entrain de monter et planifier cela.

Propos recueillis par Jonathan Demay en exclusivité pour Basket USA.
Basket USA

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