Issu du très bon blog du Monde (sur les séries) de Pierre Sérisier :

Ou plutôt que savons-nous ? La série a fait l'objet d'intenses et passionnants débats sur le blog lors de la diffusion de ses dernières saisons. On y a atteint le record de 550 commentaires pour un même billet. Compte tenu de la place que Lost a occupé à la fin des années 2000, il semblait presque impossible de ne pas y revenir, même brièvement, au moment où est publié aux PUF un ouvrage consacré à cette série hors norme, écrit par Sarah Hatchuel, professeur en littérature et cinéma anglophones, directrice du groupe de recherche Identités et Cultures à l'université du Havre.
La fin de Lost a provoqué chez les spectateurs des réactions d'indignation, d'amertume, de colère, mais aussi des réactions de satisfaction, de compréhension. Finalement, il y a eu assez peu de positions "médianes" de la part de personnes qui ne se sentaient ni flouées, ni prises pour des imbéciles, et qui admettaient les contingences imposées par la narration et qui trouvaient que le projet suivait une logique interne, que la résolution cadrait avec le reste et que l'essentiel n'était pas l'endroit où l'on arrivait mais le chemin que l'on avait parcouru.
C'est cette position médiane (si tant est que le terme est approprié) que Sarah Hatchuel reprend à son compte. Le temps ayant fait son oeuvre, le débat a perdu de sa passion et le temps est venu de regarder les choses sous un jour apaisé, pour tenter d'appréhender la série dans sa globalité (121 épisodes) et non seulement à l'aune de son dernier épisode uniquement. Il convenait de remettre toute cette fiction emblématique en perspective, d'en démonter les rouages, de montrer que le projet possédait une cohérence solide qui a pu parfois échapper à un visionnage rapide et hebdomadaire.
Il s'agissait également de remettre Lost dans son contexte, dans le sens que ses créateurs avaient voulu lui donner et surtout dans le caractère volontairement global de la série qui n'a cessé de jouer entre le réel et le virtuel, qui en six années a pris une place et provoqué un phénomène sans précédent dans le domaine des fictions télévisées. Ce décryptage en 144 pages apparaît indispensable pour tous ceux qui ont suivi les aventures des disparus du vol Oceanic 815.
De très nombreuses choses ont été écrites sur cette fiction phénomène, il convenait de les synthétiser, de les rendre compréhensibles sans les simplifier, de faire une sélection des analyses les plus pertinentes et de remettre tout cela en perspective afin d'avoir une vision d'ensemble capable de réconcilier tout le monde avec cette fiction. Et, finalement, sans le vouloir, c'est ce à quoi aboutit Lost Fiction Vitale. A nous rapprocher d'un phénomène qui a suscité en nous des sentiments contradictoires et parfois excessifs.
"Lost reproduit la même structure que la vie, où nous ne pouvons jamais être sûrs de comprendre ou de ne pas comprendre ; et parce que nous parvenons à saisir certains aspects de notre vie, nous n'abandonnons jamais complètement l'idée que nous pourrions en saisir d'autres, que nous pourrions avoir le fin mot de l'histoire". La conclusion que tire Sarah Hatchuel est à l'image de son objet d'étude, pleine de nuances, avec ce rappel que la complexité est le propre de l'homme et que dans sa quête de savoir et de comprendre, il ne doit jamais perdre cela de vue.
Lost Fiction vitale. Sarah Hatchuel. PUF, janvier 2013. 144 pages. 12 euros(pour Sam notamment...)