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United Stats of America

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Les statistiques ont toujours été un élément central dans le sport américain. Parce que le baseball ou le football américain sont des sports collectifs basés sur des aptitudes individuelles, mais aussi parce les Etats-Unis sont un pays historiquement jeune et que le peuple américain a besoin de se créer des héros, des légendes et des mythes communs.

En NBA, les 100 points de Wilt Chamberlain représentent ainsi la légende statistique ultime. Sans image du match, on ne peut qu’imaginer la rencontre, avec cette fameuse photographie du géant souriant et tenant ce petit bout de papier, avec le nombre 100 griffonné à la hâte. Ses coéquipiers avaient tout fait pour que le pivot des Warriors atteigne cette barre mythique, ce chiffre rond réputé impossible, le gavant de ballons et lui rendant tous les rebonds offensifs en fin de partie.

Cinquante-cinq ans après cette performance immense, l’impact des statistiques est toujours plus grand dans la ligue, surtout depuis qu’elles sont complétées par les statistiques avancées. La valeur d’un joueur et son impact peuvent être plus ou moins bien quantifiés, des deux côtés du terrain, et il n’est donc pas étonnant que les joueurs leur accordent de plus en plus d’importance. Surtout que dans un monde saturé d’informations, les statistiques sont des ancres faciles à retenir et à commenter. Des empreintes marquantes pour l’histoire.

Que Wilt Chamberlain, poussé par le public et ses coéquipiers, ait tout fait pour atteindre les 100 points, fait partie de la légende. Les pionniers ont également l’excuse de la candeur.

Cinquante-cinq ans plus tard, je m’interroge de plus en plus devant ceux qui tentent de s’offrir des exploits statistiques. Les joueurs NBA ont pourtant toujours fait attention à leurs stats et on riait devant Ricky Davis, Bob Sura ou Andray Blatche, dans leur quête absurde d’un triple double.

Désormais, on peut entendre Damian Lillard tranquillement expliquer qu’il a multiplié les tirs à 3-points parce qu’il pensait qu’il était à 57 points et qu’il voulait atteindre les 60. On peut voir Devin Booker forcer dans une défaite certaine pour atteindre la barre des 70 points et on peut observer le pacte collectif autour de Russell Westbrook, le Thunder ayant visiblement décidé d’offrir à son meneur une saison en triple double.

Le triple double a été créé comme concept marketing

Oklahoma City a des raisons de pousser son meneur à prendre le plus de rebonds défensifs possibles. En récupérant le ballon sous son cercle, Russell Westbrook peut accélérer le jeu immédiatement et ainsi mettre la pression sur les défenses adverses avant qu’elles ne soient en place. Ce n’est pas pour rien que les joueurs capables de prendre le rebond défensif pour mener la contre-attaque (LeBron James, Draymond Green, Giannis Antetokounmpo, Ben Simmons…) sont très recherchés en NBA. Le problème, c’est qu’au Thunder, ça va plus loin que ça. Quand les intérieurs s’écartent sur les lancers francs pour laisser Russell Westbrook s’emparer du ballon, ça n’apporte rien en attaque puisque les adversaires sont déjà placés.

Sans compter que Russell Westbrook a aussi désormais tendance à faire l’impasse sur les shooteurs à 3-points pour pouvoir chercher le rebond. C’est une technique qui se défend face à certains adversaires, mais contre Stephen Curry par exemple, c’est complètement suicidaire.

D’un côté, j’apprécie donc les 59 points de Damian Lillard, les 70 points de Devin Booker ou la saison fantastique de Russell Westbrook. D’un autre, je m’interroge sur le fait que la recherche de la marque statistique sur le plan individuel produise des aberrations collectives. D’aucuns me diront que c’est une déviance qui n’est pas nouvelle et qu’il n’y a donc pas de raison de s’en offusquer outre mesure. Je trouve qu’elle est néanmoins de plus en plus assumée.

Quand Oscar Robertson termine sa saison en triple double, en 1962, aucun nom n’est mis sur cette performance. Il faut en effet rappeler que le concept même de triple double date des années 1980, quand le responsable des relations publiques des Lakers a décidé d’inventer un terme pour mettre en avant les performances de Magic Johnson…

On est donc face à un concept marketing, petit à petit transformé en véritable instrument de mesure. C’est un outil parfait pour la NBA, cette fabrique de héros qui n’hésite plus à arrêter un match pour célébrer Kobe Bryant lorsqu’il dépasse Michael Jordan au classement des meilleurs marqueurs de la ligue. Quant à savoir si c’est un bon outil pour le basket, je suis moins sûr.

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